#ellesdéchirent : Kya, fille des Marais, insaisissable et libre

Kya est un personnage de fiction, mais quel personnage !

Elle est l’héroïne du formidable premier roman de la zoologue Delia Owens, publié en ce début d’année 2020.

Kya est la petite dernière d’une famille martyrisée par un père violent et taiseux; famille bientôt abandonnée par la mère, qui pour sauver sa vie face aux coups de son mari, devra partir un beau jour sans jeter un regard en arrière. De ce départ auquel elle assiste sans le comprendre, la petite Kya gardera un traumatisme à vie, l’abandon progressif des siens devenant tout à la fois blessure inguérissable et source de son indépendance durement acquise.

Là où chantent les écrevisses – Delia Owens

Comment survivre dans un marais à première vue inhospitalier, sans argent et sans éducation, sans l’amour des siens et sans rien savoir des codes sociaux qui régissent la vie en communauté, quand on est une petite fille de 10 ans qui ne sait ni lire ni écrire ?
Kya devra d’abord survivre, se protéger, se nourrir, avant même de pouvoir trouver des réponses à cette question lancinante : pourquoi l’ont-ils tous abandonnée ?

La force de ce roman, absolument captivant d’un bout à l’autre, est d’avoir su présenter un personnage résilient d’une incroyable force de caractère, à la fois prisonnier de ses peurs mais désireux de s’affranchir d’une solitude aussi pesante que sa crainte d’être de nouveau rejetée par les êtres à qui elle s’attache. Kya est crédible, désarmante de doutes, de chagrin rentré et de désirs à peine éclos, elle est sauvage et craintive, attachante et intelligente.

Face à cette héroïne sauvage qui rappelle Manon des Sources, de nombreux personnages secondaires viendront jouer leur partition, tout en ambivalence et en zones grises, échappant à la caricature et permettant au lecteur de douter de leurs intentions et de leurs sentiments : le terreau parfait pour un point d’orgue dramatique…
Mais surtout, le plus beau personnage si ce n’est Kya elle-même, c’est le Marais, qui dépasse le rôle de simple cadre naturel et narratif pour devenir élément à part entière de l’histoire, avec ses tableaux aussi austères que splendides, reflétant mille nuances de lumières, hébergeant une multitude de créatures aquatiques et aviaires qui font le bonheur de Kya. Loin d’être présenté sous l’angle d’un simple contexte en arrière-plan, le Marais devient mère nourricière de Kya, source de réconfort, support de ses pensées poétiques, allié contre les hommes qui la chassent comme une proie; et pour le lecteur, le Marais devient support de bien belles images qui donnent encore plus de relief et de saveur à un récit parfaitement maîtrisé et équilibré.

Delia Owens

Kya est une héroïne forte et irrémédiablement blessée, de celles qui ont fait de leur liberté la valeur absolue, quitte à la défendre à n’importe quel prix…

C’est un immense coup de cœur à retrouver à la bibliothèque.

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