Le Covid est-il compatible avec le 3ème lieu?… saison 2 : épuisement des équipes

Le premier confinement a eu lieu en pleine période de rush, en mars, où tout le monde se sent un peu fatigué par la fin de l’hiver et les multiples animations. Cet arrêt brutal a permis de prendre un peu de recul, d’innover sur les contenus à distance et de se reposer un peu malgré une ambiance assez anxiogène. Tout cela parce qu’on croyait que c’était du très provisoire ! Malheureusement, ce très provisoire dure beaucoup trop longtemps et la reprise, malgré tous nos efforts, a été assez frustrante. Alors que le public commençait à revenir au début de l’automne et que, malgré les jauges et autres multiples contraintes, on reprenait doucement et laborieusement le chemin de la normalité en proposant à nouveau de l’action culturelle, le deuxième confinement est tombé encore plus brutalement et a anéanti tout l’élan qui s’amorçait. A la Ville de Paris, nous sommes passés en click and collect comme dans beaucoup de collectivités (et je ne vais pas ici traiter de ce service qui a été un vrai plus pour certains publics mais peu satisfaisant pour les collègues car générant beaucoup de manutention pour peu d’effets). Pour être tout à fait honnête, si le deuxième confinement avait été similaire au premier, les activités proposées à distance, le travail sur les contenus, etc…n’auraient rien eu à voir avec le mois de mars pour une raison très simple : l’épuisement des équipes.

Je crois que cet épuisement est généralisé dans toutes les bibliothèques et, plus largement, dans tous les services administratifs pour plusieurs raisons :

  • Les multiples procédures contradictoires qui se succèdent voire s’additionnent (jauges, horaires…) si bien que lorsqu’on commence à s’habituer il faut rechanger sans avoir aucune perspective de délais.
  • La quarantaine, dont on a encore du mal à voir l’efficacité tant on manipule encore plus les documents qu’auparavant, soit pour les caler sur les chariots, soit les mettre en cartons. On la conserve car cela reviendrait à admettre que ce qu’on a instauré depuis des mois n’a servi à rien. (Vu l’installation de l’épidémie, cela pourrait prendre la même tournure que les boîtes à livres fermées pour alerte attentat et jamais rouvertes car on est quand même toujours en alerte)
  • Les projets montés, repoussés, modifiés, re-repoussés, annulés ou réalisés à distance (quand c’est possible). Beaucoup d’énergie pour un rendu décevant.
  • Une impossibilité de se vider la tête en sortant du travail, d’avoir une vie sociale et se rendre compte que cela va durer encore longtemps.

Mais à Louise Michel, voir s’éteindre une équipe aussi dynamique, c’est assez bouleversant pour essayer d’y remédier même si la solution la plus facile serait de dire « attendons la fin du tunnel, on se réveillera tous ensemble frais et dispo ». Mais combien de temps nous faudra t-il pour se remettre d’une gueule de bois d’au moins un an ? Alors on a pris les devants, sans précipitation et en respectant le rythme de chacun.e (car les effets de la gueule de bois ne sont pas identiques suivant les personnes).

On a commencé par réfléchir à ce qu’il était possible de faire comme projet, sans jauge, sans pression, sans budget, et réalisable facilement. On a repensé à des idées qu’on n’avait finalement jamais mises en pratique mais qu’on gardait au chaud et ça a donné quelques jours plus tard un mur d’expression (avant on n’avait pas trouvé de place mais maintenant, sans table ni chaise, c’est devenu possible) et la mise en place de la bouturothèque (qui est née de la satisfaction du public suite à notre troc aux plantes annuel). Promis, pour les curieux, vous aurez bientôt un article sur le blog.

Sur le plus long terme, nous avons depuis la rentrée envie de mettre en valeur les éditeurs indépendants comme cela se fait déjà chez une de nos bibliothèques voisines, Hélene Berr dans le 12ème arrondissement. Nous avons profité d’une rallonge de budget de la mairie du 20ème en fin d’année pour se lancer dans une commande sans vraiment savoir comment nous allions nous organiser. Et hop, voilà le projet lancé. Nous sommes en train de le finaliser et nous espérons mettre en valeur ce fonds dès le mois de mars. Là encore, avec les assises en moins, leur place au milieu de la bibliothèque est toute trouvée. On réfléchira à un nouvel espace quand on remettra les fauteuils mais d’ici là, on espère que le pli avec le public sera pris.

Certaines collègues se penchent aussi sur un nouveau format de booktubing et commencent à cumuler des contenus. On essaie aussi de préparer les 10 ans de Louise Michel mais chutttt ça reste encore top secret…

On a eu envie enfin de se recentrer sur nous, l’équipe. Au dernier projet d’établissement, était évoquée l’idée de proposer des MISTEC (Matinées d’Information et de Sensibilisation Thématiques Entre Collègues) car beaucoup d’entre nous sont formateurs·trices à l’extérieur mais, en général, nous avons peu de temps pour partager nos compétences professionnelles entre nous, idem d’échanger sur des sujets professionnels. Nous avons donc mis en place une date régulière chaque mois, un Drive avec les sujets qu’on veut aborder et on commence dans une semaine. Nous avons aussi l’ambition de faire un vademecum de la participation des usager·ère·s (depuis le temps qu’on nous le demande) et retravailler sur l’organisation interne.

Tous ces projets ne doivent pour autant pas dissimuler la réelle frustration des équipes de ne plus travailler correctement l’aspect social de notre métier et la lassitude de devoir toujours surveiller le port du masque et autres contraintes sanitaires dont celle particulièrement pénible d’empêcher le public de s’installer, même 5 minutes, avec une histoire. Tout ceci ajouté à l’incertitude de savoir si nous allons pouvoir revenir un jour à un fonctionnement normal ou si le virus va nous contraindre à changer définitivement une partie de nos pratiques.

La tête de notre petit salon …

Aujourd’hui plus que jamais, il faut avoir conscience qu’une équipe c’est une somme d’individualités. Certain.e.s ont besoin d’agir pour oublier leurs craintes, d’autres de se replier sur soi pour se reconstruire, nous devons respecter le rythme de chacun.e et ne pas imposer des échéances. Soyons bienveillant·e·s entre nous, c’est la seule manière de résister durant ces longs mois difficiles.

Pour celleux qui n’avait pas eu accès à la saison 1, c’est ici

6 réflexions sur “Le Covid est-il compatible avec le 3ème lieu?… saison 2 : épuisement des équipes

  1. Excellente synthèse, courage à toute l’équipe de cette bibliothèques que j’ai vu naître, puis grandir depuis le SIB. Je ne doute pas que vous saurez rebondir…

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  2. Excellent article, qui reflète bien le quotidien des bibliothécaires de 2020-2021, les individualités bousculées, et du coup, le collectif qui a du mal à se retrouver. On n’ose pas se plaindre, parce que « il y a bien pire que nous comme situation », mais effectivement, nous commençons à nous dire que cela sera difficile de revenir à la normale… Courage à tous et merci pour vos articles !

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