Et si le cannibalisme était devenu la nouvelle norme ?…

… C’est la question que pose le roman « Cadavre exquis », publié en cette rentrée littéraire 2019.

Cadavre exquis d’Agustina Bazterrica

Le pitch ? Dans un futur plus ou moins lointain, un virus a contaminé tous les animaux de la planète, les rendant impropres à la consommation, voire dangereux dans le cas des animaux de compagnie. Après une extermination de masse méthodique, il ne reste plus qu’une seule source d’approvisionnement en viande : il s’agit de la « viande spéciale ». Cette viande « spéciale » constituée à partir de génomes humains est élevée, manipulée, traitée comme du bétail, et pour cause : elle est destinée à se retrouver dans l’assiette des consommateurs. Dans une société qui a érigé la santé et le bien-être humain comme ultime valeur et comme argument politique pour justifier le pire, comment Marcos, le héros du livre, va-t-il vivre son attachement à une femelle destinée à l’abattoir ? Comment va-t-il vivre cette relation proscrite par la loi et taboue dans cette société ?

Âmes sensibles s’abstenir, ce roman est l’un des plus difficiles que j’aie lus en termes de réalisme dans la description de certaines scènes particulièrement dérangeantes. L’autrice n’épargne rien à ses lecteurs, et certaines images sont presque insoutenables, à l’image de ce qui existe dans notre société actuelle concernant le bétail ou les animaux de laboratoire, considérés comme des marchandises et gérés de manière totalement déshumanisée. C’est sans doute là où le bât blesse, et où la lecture de ce roman est particulièrement pénible : ce n’est pas uniquement la référence au cannibalisme qui créé le malaise, c’est la manière dont cette nouvelle « consommation » pourrait s’appliquer avec les normes actuelles, mécaniques, froides, « rentables », rajoutant de l’horreur à l’horreur.

Agustina Bazterrica. Copyright Denise Giovaneli.

Ce roman signé Agustina Bazterrica m’a laissée une impression mitigée : le sujet est très audacieux, et l’autrice est allée jusqu’au bout de sa démarche, assumant d’écrire un récit qui ne plaira pas à tout le monde. Mais je pensais lire une histoire sur l’amour impossible entre un humain et une « femelle » destinée à être consommée, je pensais partager les conflits intérieurs du héros face à ce dilemme : suivre son instinct et vivre une histoire d’amour, ou bien suivre aveuglément les règles érigées par une société qui n’a plus de garde-fou éthique ? Comment ses sentiments vont-ils naître ? Qu’est-ce que l’histoire entre ces deux-là va donner comme éclairage sur la façon dont leur entourage vit dans cette société ?

En dépit d’une fin particulièrement frappante quoiqu’un peu bâclée, le roman m’a laissée sur ma faim. La psychologie des personnages aurait gagnée à être un peu plus fouillée, certaines scènes descriptives semblent se suffire à elles-mêmes et d’autres auraient pu gagner en profondeur si elles avaient été lues à travers le regard de Marcos, qui semble lui-même assez « absent » dans cette historie dont il est pourtant le héros… Ce héros désincarné pourrait finalement être assez représentatif d’une société déshumanisée, où les fake news et la manipulation des politiques pourraient tout simplement avoir gagné sur l’esprit critique des citoyens.

Retrouvez ce roman dans votre bibliothèque.

 

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