Mon coup de cœur de la rentrée littéraire 2019 : le Bal des Folles, de Victoria Mas

Parmi les nombreux romans de la rentrée littéraire, j’ai eu l’occasion de lire le premier roman d’une autrice très talentueuse : le Bal des Folles, de Victoria Mas.

Le sujet traité m’a intriguée par son originalité : comment le Paris des années 1880 « soignaient » ces femmes qui souffraient d’hystérie, de passions, et de toute autre affectation soi-disant psychologique que les hommes de leur entourage supportaient mal.
Alors, que faire de ces sœurs, épouses, filles devenues encombrantes car non-conformes à l’image que la société attendait d’elles?

Par un procédé bien commode : les envoyer à la Salpêtrière, l’hôpital des « folles », où le professeur Jean-Martin Charcot, plébiscité par ses pairs, tentaient sur ses cobayes féminins plus ou moins consentants de nouvelles techniques d’analyse ou de guérison : l’hypnose par exemple, lors de séances spectaculaires programmées le vendredi, et attirant un public masculin animé d’une curiosité malsaine.

Stimulation électrique, ici des muscles du sourire, que pratique Duchenne dans le laboratoire de Charcot.

Qui sont-elles, ces « folles » internées de force ?
Comment Eugénie, jeune fille de bonne famille internée par surprise sur demande de son père, parce qu’elle voit des esprits, va-t-elle subir sa mise à l’écart et garder espoir dans ce qui ressemble bel et bien à une prison ?
Comment Geneviève, l’intendante intransigeante des lieux et petite main du professeur Charcot, va-t-elle appréhender l’arrivée d’Eugénie dans son service, désorganisant 20 ans de certitudes inébranlables ?
Et Thérèse, cette ancienne prostituée, internée après avoir tenté de tuer son mari qui la frappait; et Louise, jeune fille violée à l’âge de 13 ans et victime de crises d’épilepsie ?

Autant de portraits de femmes imparfaites, cabossées par la vie ou ayant eu le courage de défendre des convictions personnelles en contradictions avec les croyances de l’époque, autant de femmes réduites à un triste rôle de bêtes de foire une fois par an, quand l’hôpital ouvre ses portes aux invités prestigieux qui viennent au très couru « bal des folles », pour grappiller un frisson d’excitation et beaucoup de voyeurisme.

J’ai aimé ce roman qui s’est attaché à mettre en lumière un phénomène qui s’est amplifié vers la fin du XVIIeme s. : « En 1687, le roi veut faire incarcérer toutes les femmes publiques de Paris, […]. Si l’enfermement des filles « de mauvaises vies » reste exceptionnel au début, il s’accélère à la fin du XVIIe siècle. La Salpêtrière devient maison d’assistance où l’on reçoit les orphelins, pauvres, infirmes, vieillards,… et maison de répression et de privation volontaire de liberté, par décision de justice ou par simple décision des directeurs de l’Hôpital général, pour les débauchées, folles, voleuses, sorcières ou jugées comme telles, blasphématrices,…. »(Merci Crimino Corpus). Si la décision d’enfermer les femmes de « mauvaise vie » est au départ politique, l’autrice explore la misogynie ambiante et domestique qui conduit les hommes à faire interner les femmes de leur entourage sous des prétextes toujours douteux, sans parler de la notion de consentement, qui n’existe purement et simplement pas.

Victoria Mas, autrice du « Bal des Folles »

Victoria Mas tricote de beaux portraits de femmes, des « anti-héroïnes » qui révèlent pourtant une belle palette d’émotions et de sensibilités : à leur façon, toutes vont tenter de survivre, d’échapper à une condition qui les condamne d’avance. Son récit est vivant et sans pathos; son écriture permet d’entrer très rapidement dans ce roman addictif et vibrant d’espoirs, de peurs et de courage, dont le point d’orgue sera évidemment le fameux « bal ».

N’hésitez pas à consulter le catalogue des bibliothèques de Paris pour guetter son arrivée dans les rayonnages !

 

 

3 réflexions sur “Mon coup de cœur de la rentrée littéraire 2019 : le Bal des Folles, de Victoria Mas

  1. Je me demandais dans quelle mesure ce roman ne ressemblait pas beaucoup à La Salle de Bal, d’Anna Hope, est-ce que vous l’avez lu ?
    Les thèmes abordés et la construction du récit semblent être assez similaire, et me bloquent pour cette lecture qui a pourtant d’excellentes critiques

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