Jeu de rôle en bibliothèque : bilan statistique à Louise Michel, 2ème édition

Nous faisons depuis deux ans et demi du jeu de rôle à la bibliothèque Louise Michel, qu’il s’agisse de soirées mensuelles réunissant entre 70 et 100 personnes (venez !) ou de documents présents dans les rayonnages. L’univers étant régi par trois lois importantes – la gravité, Netflix et les statistiques sur un tableur Excel – c’est l’occasion de revenir un peu sur l’utilisation du jeu de rôle à la bibliothèque, grâce notamment aux sympathiques participant·e·s à nos soirées qui ont bien voulu répondre à des questionnaires sur iels et leurs pratiques.

Au passage pour vous autres, apprenti·e·s sorcier·e·s de la statistique, ajouter une ligne « Un fier hobbit joufflu » dans le choix du sexe de la personne répondant au questionnaire n’aide pas à avoir des chiffres absolument authentiques. (#Rendsl’anneauunique)

A noter aussi que j’avais déjà fait des stats en mars 2018, ici, et que je m’appuierai sur ces dernières pour constater les évolutions de la bibliothèque. Pour celles et ceux voulant aller plus loin, je vous invite à aller voir l’excellent travail du Thiase, qui publie un sondage tous les quatre ans, le dernier datant de 2018 et ayant reçu environ 6 000 réponses.

Qui fait du jeu de rôle en bibliothèque ? 

Si on prend le cliché qui sort des statistiques, le participant « type » de nos soirées est un homme, entre 30 & 40 ans, qui a déjà une pratique du jeu de rôle et qui vient grâce au bouche à oreille dans la communauté rôliste.

Si on rentre dans les détails, nous voyons qu’il y a dans nos soirées :

  • 36% de femmes, contre 32% lors du dernier questionnaire. Si l’on compare avec les 17% de joueuses recensées par le Thiase, ça nous fait extrêmement plaisir, la mixité ayant été un de nos objectifs dès le départ.
  • 46% de joueur·euse·s très expérimenté·e·s, 32% « d’amateur·ice·s éclairé·e·s » et 27% de néophytes. Chiffre intéressant : Il n’y avait que 15% de néophytes complets dans la dernière enquête, ce qui laisse à penser que la bibliothèque est désormais identifiée comme un bon endroit pour découvrir la pratique.
  • 37% de gens venant grâce au bouche à oreille, contre 50% lors de la dernière enquête. La différence s’expliquant principalement par le fait que 17% des gens viennent maintenant par le biais de la communication de la bibliothèque, ou du fait qu’ils sont usager·e·s, contre seulement 7% auparavant. En gros, il aura fallu presque un an pour que les usager·e·s « habituel·le·s » de la bibliothèque commencent à participer régulièrement aux animations de jeu de rôle, mais cette transition s’opère finalement puisqu’iels représentent presque 20% des participant·e·s désormais.
  • A la question « Qu’est ce que vous changeriez aux soirées? », l’écrasante majorité des réponses (38%) est … »encore plus de soirées ». J’espère que le fait que les participant·e·s du sondage aient été honteusement soudoyé·e·s avec des badges n’influence pas trop les résultats … Mais on est en tout cas ravi·e·s. Les autres retours majoritaires sont en gros :
    • Une machine a café – Je ne suis qu’accord et addiction à la caféine avec vous, les gens.
    • Des soirées plus longues – Je ne suis là aussi qu’accord et addiction à la caféine … Mais à priori, ça va être compliqué, pour des raisons de type « plus de RER après minuit et demi ».
    • Des murder party – Excellente idée. Nous en avions organisées début 2018, on dirait que ça appelle une redite.
  • Ceci ne faisait pas partie du sondage mais de ma petite prise de notes personnelle : depuis début 2019 – 7 soirées, donc – 31 jeux différents ont étés joués, dont au moins 6 ont été présentés par leurs auteur·ice·s. Quand on sait qu’il y a en général entre 10 et 12 tables par soirée, c’est donc une jolie diversité. On notera que les soirées jeux de rôle me semblent désormais des lieux identifiés pour et par des maîtres du jeu souhaitant playtester des jeux, et notamment en les faisant jouer par des néophytes.
  • Les soirées jeux de rôle sont devenues un endroit pour des rencards amoureux. Et je crois qu’il s’agira là de ma plus grande fierté. Je ne balancerai pas de nom, mais j’en suis à trois « couples » qui se donnent un premier rendez-vous chez nous. Et ça, c’est quand même la super classe. (Et si ça doit conclure, soyons clairs : vous nous balancez les potins).

Un bilan tout à fait subjectif :

Dans la majorité, les gens qui participent mettent en avant la mixité des publics et l’atmosphère « familiale » quant aux raisons de leur venue. Qu’il s’agisse de joueur·euse·s chevronné·e·s ou d’absolu·e·s néophytes, la bibliothèque fait office de plateforme de rencontre entre des publics aux pratiques ludiques très éloignées. C’est sans doute ici que réside la réelle plus-value de la bibliothèque. Il faut admettre qu’il nous est difficile d’égaler les moyens et la puissance de feu d’une convention, et que nous sommes contraint·e·s par des horaires et un espace limité. Cependant, la pratique à la bibliothèque est unique en ce qu’elle est gratuite, libre, ouverte à toutes et tous et propose moins l’expérience et l’intensité d’une convention que l’atmosphère cosy et décontractée d’un salon. (Ou d’une taverne, hey).

De fait, je tends à penser que si les gens viennent chercher du jeu, ils viennent aussi chercher à la bibliothèque un cadre de jeu spécifique, avec des jeux plus expérimentaux au milieu des blockbusters, et des participants d’horizons divers.

Aussi, la grande autonomie des participant·e·s et le fait que les maîtres·sse·s du jeu se soient approprié·e·s la « charge » de l’organisation ludique de la soirée font que ces soirées sont presque autant organisées par les usager·e·s que pour les usager·e·s … Et il n’y a pas de meilleurs moyens de faire en sorte que tout se passe bien que de rendre chacun·e acteur·ice de la soirée. Je vais être honnête : j’ai l’impression de tricher honteusement quand des gens viennent nous remercier de l’ambiance … alors qu’on la leur doit complètement.

Si je devais en tirer des leçons : 

  • Il est illusoire de penser que les gens vont préférer jouer en bibliothèque que dans leur salon, s’iels n’ont aucun des avantages de jouer dans leur salon et tous les désavantages de la bibliothèque. En somme : Ces soirées doivent autant que possible coller aux usages de la vie – boire, manger, parler très fort, rire et mimer des dragons debout sur une table – tout en profitant des avantages de la bibliothèque – diversité des publics, gratuité et atmosphère « safe ». (Et possibilité de lire le 29ème tome de Thorgall si on s’ennuie)
  • Même avec toute la bonne volonté du monde, des bibliothécaires motivé·e·s ne remplaceront jamais la chance d’avoir des joueur·euse·s qui s’emparent du rôle de maître·sse·s de jeu. Il est pratique d’avoir un scénario sous la main à faire jouer s’il y a trop peu de maître·sse·s du jeu, mais l’idéal absolu est que des maître·sse·s du jeu curieu·se·s de faire tester leurs scénari rencontrent un public curieux d’expérimentation. Et soyons francs : Je ne vois pas trop ce qui pourrait mal se passer, sauf peut être un sacrifice humain ou deux dans la réserve … J’ai l’impression que c’est le piège dans lequel on est tenté de tomber quand on lance ces soirées : vouloir trop les contrôler, et brimer de bonnes volontés de MJ qui pourraient s’investir, sans en avoir ni le talent ni la vocation. Ne faites pas comme nous. Quand on a commencé ces soirées, on n’assumait pas encore totalement, et on faisait donc des conférences d’une heure genre « littérature de l’enfance et jeux de rôle », suivies d’une heure de lancer de dés. Soyons clairs : Ces conférences et leurs intervenant·e·s étaient très chouettes … Sauf que les gens venaient en fait majoritairement pour lancer du dé à la fin, et quand on annonce à des gens qu’ils sont là pour jouer, c’est trahir que de les asseoir devant une conférence. En somme : le jeu de rôle est totalement légitime en tant que pratique culturelle à part entière et il n’y a aucun besoin d’essayer de l’enrober d’un vernis artificiel pour l’assumer.
  • La corollaire du dernier point : Quand bien même les gens ne viendraient qu’aux soirées et n’emprunteraient aucun livre, c’est cool quand même. Et dans les faits, ce n’est pas ça qui se passe. Quand on admet la légitimité du jeu de rôle en tant que médium culturel, il s’agit de soirées où une centaine d’usager·e·s viennent se raconter des histoires ensemble. Et ça, c’est la méga classe.

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