L’Argent sans foi, ni loi

Michel & Monique Pinçon-Charlot sont sociologues et travaillent principalement sur une frange de la population qu’on appelle familièrement les « Riches ». Dans l’essai « L’Argent sans foi, ni loi », ils se demandent comment l’argent, conçu pour faciliter les échanges de biens et donc créateur de lien social, est devenu le symbole universel de la réussite personnelle.

Selon les Pinçon-Charlot, l’argent a été dévoyé de sa fonction initiale pour devenir une arme au service des plus riches. La monnaie virtuelle, la dérégulation des marchés, les arrangements entre financiers et politiques ou encore l’exil fiscal sont ainsi identifiés comme des stratégies ayant pour but de conserver et de consolider les privilèges d’une oligarchie au détriment des autres classes sociales. Parallèlement, cette idéologie de l’argent se diffuse dans tous les milieux, notamment ceux qui en manquent cruellement. On assiste alors paradoxalement à une division des groupes sociaux et à l’acceptation du creusement des inégalités : en effet, au lieu de s’organiser contre ceux qui possèdent la plus grosse part du gâteau, les plus pauvres ne font que se disputer des miettes sans jamais remettre en cause le système de répartition. Pour le couple de sociologues, une seule solution : que l’argent redevienne un bien public. Dans cette optique, ils proposent ainsi un encadrement plus strict des marchés financiers mais également des mesures plus sévères comme la nationalisation des banques ou la mise en place d’embargos sur les paradis fiscaux.

Les Pinçon-Charlot ont le don de débroussailler avec des phrases simples des sujets compliqués. Une fois de plus, ils font mouche. A la lecture de ce petit ouvrage, une personne lambda, sans connaissance particulière en économie ou en finance, est en mesure de se forger une opinion sur les concepts d’argent et de lutte des classes. En faisant ruisseler leur savoir sur leurs lecteurs, le couple de sociologues redonne d’une certaine manière du pouvoir à ceux qui en sont dépourvus. En effet, une fois que l’on comprend les tenants et les aboutissants des stratégies élaborées par les plus riches et qu’on ne se laisse plus abuser par les discours dominants de culpabilisation des travailleurs, il devient possible d’entrer en résistance et de changer les choses.


Pour aller plus loin :
– « La Violence des riches« , paru en 2013 aux éditions La Découverte
– « Les Prédateurs au pouvoir« , paru en 2017 aux éditions Textuel.

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