Noire n’est pas mon métier

« Grâce au cinéma, je sais maintenant qu’il y a des métiers, des sentiments, des histoires pour lesquels je ne serais pas faite, qui ne me concerneraient pas. Grâce au cinéma, je sais désormais que je suis noire donc pas crédible en avocate, moi qui me la suis tapée, la rue Soufflot, pendant des années. » Rachel Khan

Difficile de s’intéresser à la question du féminisme sans prendre en compte les multiples et différents types d’oppressions que subissent les femmes, difficile de faire sans les témoignages de celles qui expérimentent d’autres formes de discriminations : comme c’est le cas des femmes qui, en plus de remarques sexistes, subissent un racisme décomplexé et insupportable, lequel se cache derrière les détails ou les phrases assassines…Noire n'est pas mon métier - Coordonné par Aïssa Maïga

Car ces femmes qui ont choisi de témoigner, après la vague de #metoo et l’affaire Weinstein, ces actrices qui ont chacune fait l’expérience d’un sexisme rampant et raciste, cristallisent de nombreuses « projections » : le mythe de la femme « sauvage et sensuelle » que l’on qualifie de « gazelle » ou qui possèderait « une démarche de panthère ». Plusieurs d’entre elles ont constaté que leur personnage de scène s’appelait souvent Fatou, comme si ce prénom semblait être le seul qu’une jeune femme noire, ici, en France, pourrait porter, faisant abstraction de la diversité d’une culture toute entière résumée en un seul prénom.
Il y a aussi l’idée qu’une femme noire, à l’écran, ne pourrait pas incarner un personnage d’avocate, ou de médecin, comme en fait le triste constat Rachel Khan  : pourquoi ?
Mais aussi un racisme inacceptable et assumé, quand un producteur dit à l’une des auteures : « Pour une noire, vous êtes vraiment intelligente, vous auriez mérité d’être blanche. »

La multiplicité de ces témoignages, leur analyse fine et intelligente d’une situation pourtant intolérable et bien loin de refléter notre société actuelle (car le petit -et le grand- écrans « effacent » de la plupart des fictions les personnages noirs, féminins, qui auraient le premier rôle, dans une France pourtant métissée et multiculturelle), sonnent comme une alerte urgente et nécessaire. A force de stigmatiser, de caricaturer, de réduire l’image d’une femme à sa couleur de peau ou à son origine supposée, on l’enferme dans un stéréotype aussi factice que nocif, car comment se projeter et s’identifier dans des héroïnes fortes, intéressantes et crédibles, lorsqu’on est une adolescente en recherche de modèles inspirants, si l’on ne donne pas à voir de beaux portraits de femmes noires?

Comme l’indique le Time, qui a consacré sa une, en Février 2018, à un des héros du film Black Panther, (film qui donne une représentation forte de la culture africaine) : « Si vous lisez ceci et que vous êtes blanc, voir des gens qui vous ressemblent à l’écran n’est pas quelque chose auquel vous pensez souvent. […] Ceux d’entre nous qui ne sont pas blancs ont plus de mal à trouver une représentation de nous-mêmes, une représentation multiple de notre humanité. Se reconnaître dans des personnages est nécessaire pour se sentir vus et compris, mais aussi pour être vus et compris. Sinon, tout le monde est perdant. »

Aïssa Maïga
Aïssa Maïga, à l’origine du projet du livre.

Coordonné par Aïssa Maïga, cet essai nous permet d’accéder aux coulisses du métier d’actrice tel que les actrices françaises noires peuvent le vivre, et de mieux en comprendre les écueils, les fausses bonnes intentions, et les dérives. Les témoignages sont aussi pertinents pour comprendre la colère, l’amertume, l’écœurement, mais aussi l’espoir que les lignes bougent pour chacune d’entre elles : Firmine Richard, Nadège Beausson-Diagne, Mata Gabin, Magaajyia Silberfeld ou Shirley Souagnon pour ne citer que quelques-unes des 16 co-auteures du livre.

Militantes et affirmées, elles se sont d’ailleurs manifesté sur le tapis rouge au festival de Cannes, solidaires pour défendre la visibilité et l’inclusion des femmes noires au cinéma :  «c’est important d’y être pour interpeller le public français et les médias étrangers car la France est un pays regardé », explique Aïssa Maïga.Instagram, noire n'est pas mon métier, aïssa maïga, Nadège Beausson-Diagne

Retrouvez ce formidable essai à la bibliothèque.

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