Mina Perrichon, Directrice Artistique

Un portrait de Mina, directrice artistique, qui nous a fait l’honneur et le plaisir de réaliser le bandeau que nous affichons fièrement sur le blog ! Elle a bien voulu satisfaire notre curiosité…

Bonjour Mina !

Merci à toi de participer à notre série de portraits, le premier que nous réalisons d’une artiste.

Peux-tu te présenter en quelques mots ?

Je suis directrice artistique, ce qui est très vague ! Pour résumer, je m’occupe de l’esthétique des projets, ce qui, en fonction de mes clients, peut être du graphisme, de l’illustration, de l’animation ou même juste du conseil. C’est un métier très touche à tout… Et ça me convient très bien !

Quel est ton parcours ?

J’ai fait l’ENSAD, une école d’arts appliqués à Paris. Concrètement, là où les Beaux Arts créent des œuvres pour les musées, les arts appliqués créent de l’art qu’on va retrouver dans la vie de tous les jours : design, illustration, architecture intérieure, etc.

J’ai ensuite fait Sciences Po, ce qui m’a permis de me relier plus au monde du travail, j’ai eu par exemple des cours sur le droit d’auteur, la vie en entreprise, et la communication, avec l’avantage que plus de la moitié des enseignants étaient des professionnels partageant leur expérience.

Qu’est ce qui te plaît dans ce métier ?

On en change à chaque client ! Il y a plein de projets différents, et on apprend constamment. J’ai eu l’occasion de travailler aussi bien pour des maisons d’édition, des fabricants de voitures, des théâtres, et à chaque fois avec des problématiques et des outils différents.

Du coup, un projet qui t’a tout de même plus marquée ?

Un livre sur La Grande Bouffe et Ugo Tognazzi. Une espèce d’autobiographie gastronomique en plusieurs parties, je me suis presque occupée de tout – Bon, sauf l’écriture ! Il fallait faire le graphisme, les illustrations, choisir les photos, contacter les ayants droit, sélectionner le bon papier et le bon imprimeur… Bref, un projet extrêmement complet !

C’est quelque chose qui te plaît, cette possibilité de maîtriser un projet de A à Z ?

Oui ! Même si évidemment, ce n’est pas possible sur chaque projet… Ça implique par contre de connaître ses limites et de ne pas hésiter à faire appel à d’autres personnes. Par exemple, si je fais un jeu vidéo, je travaille aussi avec des développeurs et des game designers.

 À quelqu’un qui voudrait faire de l’Art, que conseillerais-tu ?

Déjà, une constatation : on a tous dessiné et peint à la maternelle, c’est juste que certains décident de s’arrêter, peut être parce qu’on ne leur dit jamais que ça peut être un vrai métier et pas juste une passion. Donc le conseil : ne pas s’arrêter ! Je me souviens qu’au lycée mes cours c’était généralement 3 lignes et des dessins à la marge.

Aussi, faire beaucoup de dessins d’observation, et pas que d’après photo. Il faut sortir et dessiner des personnes, des paysages, des objets… Ce n’est pas grave si c’est moche au début, ça vient avec de l’entraînement.

Enfin, il ne faut pas hésiter à faire les portes ouvertes des écoles d’art pour se faire une idée, et aussi à passer par les MANAA, des mises à niveaux en arts appliqués qui sont une année de transition après le lycée

Comment tu procèdes pour créer tes illustrations ?

Ça dépend des projets, mais un exemple pourrait être Inktober. C’est un challenge que je fais depuis 3 ans, où l’on doit produire un dessin thématique à l’encre par jour sur tout le mois d’octobre.

Je fais des tous petits croquis, de 3×3 cm, où je dresse la composition et la position de mes personnages. À partir de là, un croquis au crayon sur lequel je repasse à l’encre ou au feutre.

Et d’où te vient ton inspiration ?

J’utilise beaucoup les animaux et les végétaux ! J’ai une grande – et très lourde ! – encyclopédie dans laquelle je pioche beaucoup. On a des préconceptions qu’il faut dépasser. Par exemple, quand on pense à un oiseau, on pense à un seul type d’oiseau. Il faut constamment nourrir son imaginaire… Notamment parce qu’il y a des animaux que je ne pourrais jamais voir en me baladant dans Paris. J’ai besoin de diversité pour ensuite créer des créatures qui s’inspireront d’un bec, d’une patte, etc.

Quelques auteurs en particulier qui ont été importants pour toi ?

Alors quelques noms qui me viennent en vrac : Tove Jansson, écrivaine et illustratrice finlandaise, autrice de la saga des Moomins. Sergio Toppi, qui est un auteur de bd italien. Le studio Ghibli et en particulier le voyage de Chihiro de Miyasaki, et pour finir,That game company, un studio américain de jeux vidéo à l’origine du très poétique Journey, qui est le premier jeu vidéo devant lequel j’ai pleuré ! Et en plus il y a une femme et un homme comme fondateurs, et c’est suffisamment rare pour le noter.

Et ta journée type ?

Si je n’ai pas de client, je vais m’occuper de beaucoup de choses administratives. En freelance, on doit être à la fois comptable, juriste et commercial, on doit contacter les clients, entretenir son réseau pour avoir de nouveaux projets – Oui, c’est aussi parfois du boulot de prendre des verres avec des inconnus lors de soirées networking !

Quand j’ai des clients, c’est une autre histoire. J’essaye de faire des journées de 8h de travail, mais en cas d’urgence, je peux me retrouver à travailler jusqu’à 2h du matin…

C’est compliqué en tant qu’artiste de s’imposer dans un milieu entrepreneurial qui ne partage pas forcément tes codes et tes contraintes ?

Oui ! Il faut être commercial, ce qui est aussi une problématique quand on est timide… C’est d’autant plus compliqué qu’il faut se mettre en avant et donner aux gens envie de travailler avec nous. Parce que même si on a un portfolio ou un site, c’est le contact avec le client qui fait le projet.

Et sinon : Tu travailles sur quoi en ce moment ?

Alors j’ai 3 projets en parallèle !

Le premier, un jeu vidéo qui est un survival musical, où je suis DA et en ce moment, je crée ce qu’on appelle les « assets », c’est-à-dire tout les objets qu’on va positionner dans l’espace, qu’il s’agisse d’arbres, de rivière, de monstres…

Le deuxième, c’est un travail avec une compositrice et une live codeuse dans le cadre d’une performance artistique ! On a fait le dossier et on a été sélectionnées il y a quelques jours – Je suis trop contente !

Enfin, un appel d’offre pour le musée de l’Orangerie, pour réaliser le teaser d’une exposition.

En somme : Je n’ai jamais deux projets qui se ressemblent !

Pour finir, peux-tu nous parler de la place des femmes dans l’Art ?

C’est problématique ! Elles sont plus souvent muses qu’artistes. En école d’art, il y a majoritairement des femmes, mais par contre les artistes connus sont principalement des hommes…

Pourquoi est-ce que c’est comme ça ? Il y a de nombreuses raisons mais l’une d’elles est qu’on a tendance à éduquer les femmes de manière à ce qu’elles soient plus discrètes, modestes et réservées. Or on a besoin d’être commercial.e dans notre métier, ça implique d’être sûr.e de soi et de savoir se mettre en avant.

Un exemple que je trouve frappant : les femmes ont tendance à n’envoyer leurs CV que si elles ont toutes les caractéristiques demandées dans l’offre d’emploi, alors que les hommes le font à 60% des exigences.

Forcément, dans ces conditions, les opportunités ne sont pas les mêmes.

Bref, c’est très important de créer un milieu où les femmes osent et ont confiance en elles, et ça passe évidemment par l’éducation.

Merci à toi ! On partage au passage ton Instagram et ton site

Merci !

 

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