J’ai rejoint Louise Michel – Episode 4 : bibliothèque de réseau

La bibliothèque Louise Michel est tournée sur l’extérieur, sur son public, sur la communauté professionnelle etc. Mais de mon point de vue, il y a un aspect que l’on développe peu, c’est que Louise Michel fait aussi partie d’un réseau ; et pas n’importe lequel, ce qui a des avantages et des inconvénients.

Quand on vient de la territoriale (c’est à dire de toute autre ville/département/communauté de communes), intégrer le réseau ville de Paris peut vite devenir un labyrinthe. Ou un poème. Ça dépend des jours.

La ville de Paris, c’est comme une grosse usine, en silos. Nous sommes donc aujourd’hui dans le silo « affaires culturelles », sous le silo « pratiques amateures »…, sous le silo BBL (Bureau des bibliothèques et de la lecture). Et, dans chaque silo, il y a tout plein de gens à notre disposition qui s’occupent des ressources humaines, de l’informatique, bref, tout ce dont on a besoin. Mais parfois, certaines questions relèvent d’autres collègues de la RH, ou des services informatiques qui eux sont au-dessus des silos. Le but du jeu devient vite : mémoriser -progressivement- qui fait quoi en précisant toujours dans son mail « Je suis arrivée il y a peu à la ville, si vous n’étiez pas le bon interlocuteur, pourriez-vous me ré-aiguiller s’il vous plait ? ».

Des tickets, des tickets, toujours des tickets…

Des fourmis dans la bibliothèque : faites un ticket ! Besoin d’apparaitre dans la liste de diffusion : faites un ticket (mais pas sur la même application) ! Un problème avec les arbres : faites un ticket (mais bien sélectionner le bon interlocuteur) ! Donc des tickets…

C’est bien pratique, on suit toutes nos demandes sur un tableau de bord, ça marche bien, c’est efficace. Mais c’est bizarre quand même au début.
Mes réflexes, avant la ville de Paris, c’était plutôt :
1) je suis la procédure de tickets / boîte générale (c’est normal de commencer par suivre la procédure)
2) en l’absence de réponse par ticket, je trouve le contact avec qui il est possible de bien s’entendre dans le service concerné, je l’appelle (sur sa ligne directe), et il me dit de passer par le ticket, je lui dis « c’est déjà fait et là c’est urgent » et globalement , ça avance pas trop mal comme ça.
3) si ça ne marche pas, à l’occasion d’une visite dans les locaux, je passe voir les collègues (éventuellement avec un café) et je refais mon petit topo…
Mais ça c’était avant… quand le nombre de mes collègues ne dépassait pas la taille d’un village! Là, le ticket s’en va… Et je voudrais bien aller mettre un petit coup de pression innocemment chez les collègues mais réellement, est-ce que ça paraitrait très innocent de prendre le métro même pour deux arrêts, pour se retrouver innocemment dans un immeuble dédié aux espaces verts par exemple où je ne connais pas forcément quelqu’un vu qu’on est 55 000 agents. Est-ce que ça ne représenterait pas beaucoup d’énergie pour récupérer deux plantes vertes pour la bibliothèque ?

Donc des tickets, de l’efficacité, une organisation nécessaire, mais moins de proximité, avec les collègues des autres corps de métier. En somme : on rencontre bien plus de bibliothécaires mais bien moins de mécaniciens, fleuristes, administrateurs de théâtre, etc.

Ensuite, qui dit grosse collectivité dit réseau et donc complémentarité. Et cet aspect, dans notre métier, est me semble-t-il particulièrement intéressant. C’est-à-dire que lorsqu’elles sont nombreuses dans un quartier, les bibliothèques peuvent se répartir les rôles : bibliothèque plus spécifique dans ses propositions de collections ou de services / bibliothèques familiales de quartier / bibliothèques spécialisées.

Ainsi pour Louise Michel l’accent est mis sur un lieu de vie. Certes la salle de travail est un peu petite, mais on peut renvoyer sur la bibliothèque Marguerite Duras à un quart d’heure à pied. Nous n’avons pas ce DVD, il est peut-être présent à la bibliothèque Assia Djebar, toute proche, à l’opposée de Marguerite Duras et ainsi de suite.

En ce qui concerne l’autonomie, aux détracteurs systématiques du concept de réseau, on se détend et on arrête le fantasme « les réseaux c’est nul vous perdez toute liberté ».

Si des animations sont proposées en tant que temps fort du réseau, d’autres sont imaginées, proposées par nous-mêmes, préparées par nous-mêmes et n’auront lieu qu’à Louise Michel. Idem pour les partenariats.

Niveau acquisitions,  « il y a une liste à envoyer pour demain ». Hum hum! Une liste de quoi ? A qui ? « Ben au SDE ». C’est qui SDE ?… Explicitons : à Paris, nous avons un service du document et des échanges qui, en gros, nous fait les courses. Il prépare une liste très large, on lui renvoie les quantités souhaitées, il s’occupe de la commande et il nous renvoie tous nos petits documents bien équipés… Simplicité détonante dans le monde des silos ! Au revoir les bons d’engagement à signer, les parapheurs (ça y est j’ai oublié comment on faisait un parapheur !).

Le SDE coordonne aussi les collectifs d’acquisition, constitués de bibliothécaires de tout le réseau, plutôt riches pour effectuer la veille que chaque bibliothécaire de France et du monde entier effectue plus ou moins seul dans son coin.

Et puis il y a la « réserve centrale » (ce n’est pas une réserve naturelle).

Je ne l’ai pas encore visitée (est-ce que cet endroit se visite?) mais je l’imagine comme une grotte, une caverne d’Ali Baba, ou l’usine du Père Noël, où il y a tous les documents que l’on ne peut pas fournir et qui arrivent en quelques jours à la bibliothèque mis en caisse par des petits biblio-lutins.

 

Pour conclure métaphoriquement, je dirais qu’intégrer ce poste c’est comme arriver à la tête d’un bateau au sein d’une flotte, avec une ligne directrice qui serait « va vers l’horizon » de la façon que tu penses être la meilleure ; entourée d’autres bateaux et d’autres équipages, certains prêts pour nous dépanner et d’autres avec le même objectif et encore d’autres pour t’indiquer que, sans t’en rendre compte, tu as peut-être viré de bord. Et aussi d’autres capitaines pour pouvoir débattre (parce que le bibliothécaire aime débattre) de : c’est quoi aller vers l’horizon et comment y aller tous ensemble en embarquant le plus de public possible dans nos bateaux ?

Non! Pas comme ça!!!

Mais un peu plus actif que ça quand même…

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