Mektoub, my love/ Canto Uno : Hymne à la vie

A l’aube du prochain festival de Cannes, voici le premier de mes deux films préférés cru 2017…

Eté 94, Amin devenu parisien où il espère devenir réalisateur, revient à Sète.  Il y retrouve Tony le cousin séducteur, avec qui il croise deux vacancières qui les retrouvent chaque soir dans le restaurant familial, lieu symbolique, lieu de rendez-vous avant la fête. Un marivaudage se met en place doucement, sous le regard bienveillant des mères qui en sont revenues, cela leur donne un air de douces pythies. Et puis il y a Ophélie l’amie d’enfance, autour de laquelle le film gravite, bergère au franc parlé, et à la beauté renversante.

On est immergé pour plus de trois heures au milieu de ce groupe d’amis dont les relations amoureuses sont décortiquées, si complexes et cruelles soient- elles.

Plus on avance dans le film, plus on oublie où l’on est, dans quelle époque. Ne reste que la lumière, l’extrême sensualité des corps et des éléments comme si on avait atterri au beau milieu de l’Olympe. Cette façon totalement libre de filmer, de rendre compte du présent et de sa substance même est singulière, audacieuse et c’est le seul vrai sujet du film : passer du temps avec ces personnages, que l’on redoute de devoir quitter et dont on tombe amoureux.

 

Abdellatif Kechiche signe son sixième long métrage, librement adapté du livre de François Bégaudeau « La Blessure la vraie » et semble affranchi de l’obsession scénaristique et excelle avec sa patte, voyeur pour certains, observateur dévorant plutôt, car quoi de plus beau que de surprendre une scène d’amour cachée derrière les persiennes ? C’est tout l’art du cinéaste, saisir l’instant, naturaliste comme si c’était facile, mais tout est travaillé, comme un tableau. Jusqu’aux dialogues, passionnants de bout en bout.

On assiste aussi à la naissance du regard amoureux, thème cher à Kechiche. Peut-être celui d’Amin, merveilleux Shaïm Boumédine, tout en retenu.

Peut-être celui de Charlotte, son chagrin bouleversant comme un premier amour.

 

Mélancolique parfois, le film nous entraîne plutôt dans une joie de vivre qui submerge tout. Cet élan vital répond parfaitement au mal de notre époque où tout semble s’effondrer.

Ainsi, voir d’autres corps que ceux que la société nous impose, ces personnages de femmes qui existent avec leur voix, leur façon d’être là (et qui ne sont pas que ces corps contrairement à ce que l’on peut lire beaucoup) ou par cette volupté qui les animent, et pas seulement devant le regard des hommes, et bien ça réveille !

Trois heures de pur cinéma, on pense à un croisement Pialat/Rohmer, même si Kechiche peint la jeunesse, sa liberté, avec une singularité incomparable.

« Cette lumière que saint Jean et le Coran glorifient, dans deux citations en exergue, est, dit-on, dotée d’une double nature, corpusculaire et ondulatoire. Un corps et une onde : sans doute la meilleure définition qu’on pouvait donner d’un film aussi généreux et éblouissant que celui-ci. »

Mathieu Machelet Le Monde

 

 

 

 

 

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