J’ai rejoint Louise Michel épisode 3 : bibliothèque mondaine

Louise Michel compte parmi les bibliothèques dont on parle.

Si ça semble d’une banalité déconcertante, ça change quand même la donne. Les bibliothèques, c’est tout un univers : énorme bibliothèque de centre ville, petite bibliothèque de village, bibliothèque lieu de vie, ou plus rétro, bibliothèque universitaire, bibliothèque départementale, des milliers d’endroits et autant de professionnels, de bénévoles, de pratiques différentes, d’animations, d’idées saugrenues et de lecteurs !

On vous avait habitué à des images plus sympas peut-être? C’est la carte des lieux de lecture en 2016, par l’observatoire de la lecture publique.

Mais les bibliothèques se rendent souvent visibles dans un périmètre restreint : le public à qui elles sont dédiées; et un peu les autres professionnels, si elles sont mises en avant à un moment pour leur organisation, pour leurs idées, pour leur bâtiment.

La bibliothèque Louise Michel, nombreux sont ceux qui la connaissent, même si c’est juste de nom. C’en est même assez impressionnant. Toutes les notoriétés ont ceci en commun qu’elles ne provoquent pas que l’admiration… mais qu’elles provoquent toujours quelque chose.

Quand j’ai annoncé progressivement que je changeais de poste, on me demandait naturellement où j’allais. Je répondais naturellement Louise Michel. Et là, le ton devenait beaucoup moins naturel…

Curiosité

 » Ah oui ? Et pourquoi ils t’ont recrutée toi ?


– Euuuhh je sais pas, c’est une bibliothèque et je suis bibliothécaire, qu’y a-t-il d’incongru ?
– Non mais c’est pas pareil ! C’est Louise Michel tu vois ? »

Je plisse le nez et je fronce les sourcils. Et je n’ai rien à répondre.

Crainte et empathie

« Ah… et ça va ? On prévoit un déjeuner quelque temps après ton arrivée si tu veux ?
– Oui, oui, avec plaisir… »
Mais que va-t-il m’arriver bon sang !?! (on m’a BEAUCOUP invitée à déjeuner par anticipation)

Crainte bis

« Ah… et ça va aller avec l’équipe ? Non parce qu’ils sont très soudés. Et amis. Et potes. Et c’est une secte. Et en plus je sais pas si on t’a dit mais là ils ont peur !
– Bah, je ne sais pas… Je ne les connais pas encore mais je suppose qu’ils ne se sont pas taillés les veines, mélangé leur sang en faisant un pacte à la vie à la mort et que en relativisant on se rend compte que ça arrive souvent de changer de collègues… »
Je confirme que je n’ai repéré aucune trace de scarification et ne suis passée par aucun rite sacrificiel glauque.
(Mais j’avoue je me suis déguisée en coccinelle depuis, déjà je pensais pas en arriver là.)

Joie démesurée

« Ouawwouww mais c’est vraiment génial, tu vas tellement t’éclater, tu vas voir c’est trop cool, c’est trop bien…

– Tu voulais le poste, c’est ça ? »

Logorrhée cumulée à un enthousiasme débordant de manque de lucidité

« Louise Michel c’est une bibliothèque où rien n’est comme ailleurs : ils n’ont plus de section, ils font des animations avec le public, on peut parler à haute voix dans cette bibliothèque, et ils font du jeu vidéo…

– Hum, hum, tu ne connais vraiment aucune autre bibliothèque qui fait du jeu vidéo, où tu peux parler, et où on en a fini des sections ? Tu ne voudrais pas aller faire un petit Voyage au pays des bibliothèques ? »

Agacement

« Oui bon ça va, on entend parler que d’eux, tout le temps, mais bon, y’a plein de bibliothèques qui font des choses bien aussi et c’est pénible, on dirait qu’ils sont les seuls…


– C’est vrai, je comprends, mais c’est bien que ça fasse parler des bibliothèques quand même. Tu veux qu’on déjeune ensemble un de ces jours ? »

Dégoût

« Non mais c’est n’importe quoi Louise Michel.


– Ah bon… ? C’est une bibliothèque, on accueille le public en essayant de faire au mieux, on propose des animations et on prête des documents. C’est pas trop n’importe quoi… si ?
– Oui mais ce canard partout c’est ridicule.
– T’as le droit de trouver le canard ridicule. Mais on accueille le public au mieux, on propose des animations, on prête des documents et en plus on communique et les gens aiment ça (fait vérifié !). Du coup, je crois pas que ça soit n’importe quoi…
– Vous faites pas d’accueil de classe.
– Dans toutes les bibliothèques il y a sûrement des choses que l’on ne fait pas pour deux raisons : on ne peut pas agrandir l’espace indéfiniment, on ne peut pas agrandir l’équipe indéfiniment.
– …
– On déjeune ensemble un de ces jours si tu veux ? »

Au quotidien, la notoriété a aussi quelques impacts :

Le nombre de visites professionnelles que l’on accueille : de Paris ou un peu de toute la France, des équipes, des responsables d’établissements entourés d’élus, de directeurs généraux, qui ont un projet et viennent voir un peu ce qui fait la particularité de Louise Michel : l’espace, la signalétique, ou ont quelques questions sur le fonctionnement.

Et cela a un impact bénéfique : une organisation interne qui doit forcément intégrer cette activité et cette exigence, et une compétence pour l’équipe : savoir parler du lieu, du fonctionnement général et des objectifs nécessite d’avoir bien intégré les tenants et les aboutissants de l’ensemble du projet.

Une fierté pour l’équipe aussi. Par exemple, quand il s’agit d’un groupe venus spécifiquement de Corée pour voir Louise Michel et rencontrer Quentin himself, c’est pas rien tout de même ! (nous non plus on n’en revenait pas).

De même, une grande partie de l’équipe est formatrice, pour le réseau ou à l’extérieur. Les compétences d’un formateur sont techniques mais aussi de l’ordre du savoir-être. Une richesse de travailler avec une équipe qui déploie aussi son temps et son énergie en ce sens.

Au-delà, les tweets repris par le ministère de la culture, le Facebook suivi par de très nombreux professionnels professionnels, le blog, dont les résultats sont assez exceptionnels, tout cela ne peut créer que de l’émulation et une forme d’exigence permanente.

Et dans le fond, est-ce que ce n’est pas bien pour les bibliothèques de faire en sorte d’être médiatisées ? Dans toutes nouveautés, il y a des chefs de file et parmi ceux-là, ceux qui savent en parler et qui ont l’opportunité d’en parler : si ça peut bousculer les codes établis et faire avancer, tant mieux.

Peu importe les canards non ?

Louise Michel est donc tournée sur l’extérieur, sur son public, sur la communauté professionnelle etc. Mais de mon point de vue ce que l’on dit peu, c’est que Louise Michel fait aussi partie d’un réseau, et pas n’importe lequel, avec ses avantages et ses inconvénients…

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