J’ai rejoint Louise Michel, épisode 2 : Le Public

Arriver à Louise Michel, prendre connaissance des dossiers et de l’organisation (complexe dans sa simplicité), savoir où sont rangés les livres de socio et les BD, découvrir V-smart (logiciel que je qualifierai de surprenant)… tout cela reste très classique pour une prise de poste en bibliothèque (sans parler de la spécificité « réseau parisien »…)

J’ai commencé un vendredi, c’était le 1er du mois : administrativement pratique. Et autre avantage, j’attaquais dès le lendemain par LA journée de rush, le samedi. En bibliothèque en général, c’est une évidence, le samedi est la journée de forte affluence. Mais il y a affluence et affluence. Et il y a affluence dans un grand espace et affluence dans un petit espace. Et puis il y a les habitudes du public, en grande partie celles qu’on lui a données d’ailleurs, en tant que professionnel du lieu.

Bon moi j’aime bien quand il y a du monde et de la vie. Au départ, j’ai fait un DUT pour être libraire. Je pensais que les bibliothèques étaient des lieux endormis et poussiéreux. (Et j’avais l’image bien connue des bibliothécaires, qu’il est inutile de décrire une fois de plus…)

J’avais de bons souvenirs d’enfance d’un café de village, histoire familiale oblige, mais j’adorais les livres, les histoires, l’imaginaire. Je me disais qu’en librairie je pourrai sans doute combiner tout ça.

de manière chaleureuse…

Ou animée…

Premier stage en bibliothèque décisif (coucou Claire mon mentor), dans un lieu où les gens vivent, apprennent le français, les enfants se réfugient et les ados chahutent, où les papis mamies passent en revenant du marché. Une révélation cet endroit (et les gens qui y bossent)!

A la bibliothèque Louise Michel, il faut imaginer une très forte affluence d’un public qui a l’habitude qu’on soit proche de lui. C’est très chouette et finalement assez surprenant (comme V-smart mais en plus agréable).

L’équipe travaille sur l’inclusion, elle est inclusive avec le public, alors le public devient inclusif avec les bibliothécaires. Conclusion : tout le travail sur les postures d’accueil porte ses fruits !!! Si ailleurs il faut parfois un peu de temps au public pour vous repérer, vous connaitre, ici c’est instantané ! Les enfants vous aiment de suite et les adultes s’adressent à vous sans frein aucun.

Quelques excès d’enthousiasme aussi…. « Oooooh my god ! c’est vous la nouvelle responsable ?!? Julien m’a dit une brune avec les cheveux courts !!!! »

Pour arriver à un tel résultat, le b-a Ba : on sourit et on dit bonjour, et au-delà, quelques petits trucs ont été mis en place, qui font que le projet de construire une bibliothèque-maison n’est pas juste une jolie expression.

Notre positionnement au public n’est pas laissé au hasard malgré les apparences. Nous sommes mobiles, entre rangement, conseils, médiation, garde fou… et la banque d’accueil n’est que le centre névralgique, doté de deux postes auxquels on peut se référer si besoin.

Pour les plus petits, un espace plutôt grand au regard de la taille de la bibliothèque est privilégié et (quelle idée lumineuse!) un bibliothécaire est en poste sur les tapis (oui, oui, en chaussettes et assis sur les tapis). Temps de lecture informel auprès des petits, temps d’échanges avec les parents et nounous sur la vie du lieu, un lien privilégié, un regard sur un espace qui a parfois besoin de régulation etc.

Sur les tapis, le calme avant la tempête…

De nombreux adultes viennent aussi, s’assoient et contemplent le temps qui passe. Des parents s’endorment sur les tapis. Des personnes sans abri trouvent là chaleur et répit. Des groupes se forment où l’on discute. Les uns et les autres, public comme bibliothécaires, se croisent et comme le lieu est un espace ouvert, il y a beaucoup de circulation, des espaces jeunesses à l’espace jeu, aux romans adultes.

La promiscuité, pourtant très importante, n’est pas vraiment un problème et si elle en devient un nous intervenons. Avec toute l’humilité et le recul dont nous sommes capables, nous n’avons certes pour autant pas toujours toutes les clés…

La programmation d’animations va dans ce sens également.

Si de nombreuses animations sont dédiées à l’échange avec les lecteurs pour tous les âges, d’autres propositions vont plus loin, elles donnent les clés de l’évènement au public : pour le ciné des habitants, ils choisissent eux-mêmes les films qui seront projetés ; des usagers peuvent aussi proposer leurs services : récemment un atelier pour enfants par une lectrice; Oriol, jeune mais grand habitué, a proposé un atelier pâte à sel ; toute proposition est la bienvenue !Encore plus loin, le « Ramène tes mich’ » laisse la place aux jeunes qui souhaitent s’investir à nos côtés. D’ailleurs, dans le précédent épisode sur l’équipe, j’aurais pu aborder les « aide-bibliothécaires », enfants qui ont souhaité s’engager dans la vie de la bibliothèque. Ils rangent, renseignent, peuvent aider quelqu’un à se connecter et sont identifiés par un badge, eux-aussi (QualiParis jusqu’au bout du lecteur !) Y a-t-il des futurs aide-bibliothécaires parmi les lecteurs de cet article ? Et puis même s’ils n’ont pas de badge, Jawad n’a pas hésité l’autre jour à venir m’aider à connecter une personne sur un poste « de passage » pour lequel j’avais oublié la procédure, tout en s’excusant un peu d’être intervenu. Il avait vraiment bien fait : j’étais clairement en difficulté !

Les lecteurs peuvent aussi participer à la déco : vous ne savez que faire de vos souvenirs de vacances kitsch, vous n’avez plus de place sur votre cheminée ? La bibelothèque peut les accueillir pour une visibilité maximum !

Vous avez bien envie de jardiner, mais n’avez pas de jardin ? On vous prête le nôtre ! (Bon là, la neige a eu raison de quelques arbres…)

A l’entrée, thé (à la menthe, merci Mariam !), café… Pas assez souvent à notre goût, il y a encore des choses à améliorer!

Certes il y a des jours où ça craque (de notre côté un peu, du côté du public on a l’impression que tout va bien).

Soyons honnêtes, tous bibliothécaires nouvelle génération que nous sommes, ou bibliothécaire troisième lieu (bibliothécaire troisième type ?), quand simultanément on passe deux heures avec un niveau de décibels bien élevé mais que ce n’est pas de la bonne musique, quand on se rend compte que le chariot est plein d’albums mais on ne pourra pas aller les ranger : les bacs sont inaccessibles, quand on en est à son troisième enfant perdu, ou quand on fait la chasse aux trottinettes dans la bibliothèque… Il peut y avoir un quart de seconde où on se demande : mais euhhh, on a vraiment voulu ça ?

Mais oui on a voulu ça !!! On ne veut que ça même, que vous vous sentiez bien et qu’on soit obligé de vous dire que là il y a beaucoup de monde alors il va falloir trouver de la place et peut-être un peu se pousser! On veut voir des albums partout et des enfants les trimballant à droite à gauche, on veut de l’interaction et des échanges et on est fier.e.s je crois que vous vous sentiez si bien dans ce lieu pour lequel nous n’avons qu’un seul objectif, qu’il vous comble et ouvre des horizons !

Et en fait, sur ce blog on parle principalement de Louise Michel (c’est normal, c’est son blog hein !?!) qui réunit pas mal d’éléments favorables et sait les mettre en valeur en plus ; mais on sait aussi que nombreux sont les lieux qui mettent le paquet pour créer un lieu de vie et de rencontres, que vous vous sentiez comme chez vous, de la petite bibliothèque rurale où vous aurez toujours un café chaud le samedi matin à la plus grande bibliothèque qui va constituer un comité de lecteurs participant à acquérir les collections, ou encore celle qui organise des soirées de lecture à haute voix à tour de rôle sur la place du village, et celles dont toutes les actions culturelles sont portées par des habitants, celles qui organisent des tournois de jeux vidéos entre différentes villes, ou encore celles qui disposent d’un vrai salon de thé avec des pâtisseries maison, ou celles qui ouvrent leurs portes plus tôt et plus tard aux lycéens quand les révisions du bac leur donnent des sueurs froides, celles qui s’engagent contre la censure en vidant tous leurs rayonnages (ça je crois bien que c’est une exclu PierresVives)…

… Il y en tant que cet article serait interminable (mais n’hésitez pas à compléter) !

Si vous vivez loin de Paris (ou du vingtième arrondissement, ou juste derrière le périph, les parisiens ayant une notion de la distance toute personnelle, disons le une bonne fois pour toutes !) et que vous nous lisez avec délectation, n’hésitez pas à aller pousser la porte de votre bibliothèque, il s’y cache peut-être un sacré lieu de vie où il se passe plein de choses !

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