Angoulême (girl) power

Comme vous le savez peut-être, la grand messe de la Bd, le 45e festival d’Angoulême vient de commencer, et ce jusqu’au 28 janvier.
Les deux années précédentes, le festival s’est trouvé quelque peu secoué par des polémiques peu glorieuses – carrément prémonitoires au vu de ce qu’il se passe actuellement- entre autre, aucune femme n’étaient sélectionnées pour le grand prix, (redite mais respect éternel Riad Satouff) et trop peu également dans la sélection générale.

Ainsi naquit le collectif des créatrices de BD contre le sexisme. 

(Vous pouvez également suivre le Prix Artemisia décerné en ce début d’année à Lorena Canottière pour son album Verdad qui met en lumière le travail des créatrices de BD).

Aujourd’hui dans la sélection, il y a du progrès. Neuf autrices sur quarante cinq en tout, ce n’est pas encore tout à fait ça, mais c’est déjà un pas.

Un de mes coups de coeur personnel revient à Ulli Lust, sélectionnée pour son dernier album, « Alors que j’essayais d’être quelqu’un de bien ». Sept ans après « Trop n’est pas assez », bouleversant road-movie décapant, punk féministe et tragi-comique, avec certains passages très durs, pour lequel elle avait reçu le prix révélation en 2011, voici son dernier-né, que l’on peut envisager comme une suite autobiographique de sa vie.

On retrouve avec plaisir son personnage d’artiste totale, illustratrice, qui court après les piges, aime par-dessus tout  la vie, la liberté. Elle tombe très amoureuse d’un immigré nigérian, tout en aimant un autre, et raconte sa relation à son petit garçon, avec lequel elle a choisit de ne pas vivre.

Le plus touchant étant sans doute la grande honnêteté avec laquelle elle livre tout ceci, le regard qu’elle pose sur elle-même et sur cette époque, avec une forme de candeur d’obstination acharnée à faire passer sa liberté avant toute chose, comme une arme, un mantra absolu pour vivre, vaincre le temps qui passe.

« Alors que j’essayais d’être quelqu’un de bien  » est un album puissant, extrêmement sincère, au graphisme toujours aussi travaillé, teinté ici d’un rose surannée, mélange de douceur de brutalité de sexe, avec aussi quelque chose d’incroyablement sauvage. A tout cela s’ajoute une dimension politique : une réflexion profonde sur le sexisme et le racisme, que je vous invite à découvrir.

Second coup de cœur pour Marion Fayolle, et ses « Amours suspendues« , remarquable album, visuellement incomparable, comédie musicale dont la grâce et les mouvements collent au cœur du héros. Volage et séducteur, il est amoureux de sa femme, mais adore séduire. Il décide de vivre des amours platoniques qui, à force de suspens, se figent. Il les garde dans une sorte de pièce cachée, comme dans un conte ou dans un rêve. Jusqu’à ce que sa femme le quitte…

 

Avec six livres publiés, elle a très vite eu une place de reine dans le monde de l’illustration, avec ce style faussement naïf et bien à elle. Après, notamment, « La tendresse des pierres »– récit pudique et déchirant autour de la maladie de son père- dont la délicatesse et le découpage narratif dénotent tant ils sont particuliers, et jouent malicieusement avec  les codes non classiques de la BD.

Les personnages étaient alors muets, laissant place à une voix off uniquement, ce qui n’est plus le cas ici. Elle raconte d’ailleurs que c’est en écrivant les dialogues que lui vient l’idée de chansons, d’interludes. Les mots des personnages, leur mouvement, sont aussi beaux que le reste : un vrai travail d’orfèvre que ce grand livre, dans tous les sens du terme.

« Avec ce livre, j’ai envie de questionner le sentiment amoureux. Est-ce que celui-ci peut être multiple ? Que cherche-t-on dans la liaison à l’autre ? Peut-on «congeler» des émotions pour les vivre plus tard, à un moment plus opportun ? L’art permet-il de conserver l’éphémère et de réparer les blessures du cœur ?« 

Mention spéciale aussi à ce très joli petit recueil muet, « Les coquins« , publié toujours chez Magnani, série d’illustrations délicieusement érotiques et surréalistes qui en disent long sur les rapports intimes entre les êtres.

« Le fait de ne pas utiliser de mot permet de dire les choses différemment. Les images deviennent une écriture et le propos reste plus ouvert.« 

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