Rentrée littéraire 2017 : ce que j’ai aimé, ce que j’ai adoré, ce que je n’ai pas compris…

Vous avez vu ce titre hyper-concis et efficace ?

L’introduction, c’est tellement 2016, maintenant un titre bien ficelé, et hop, on est dans le vif du sujet !

Plus sérieusement, cette année je me suis allègrement servie dans la bibliothèque numérique pour faire mon petit marché de la rentrée littéraire. Et cette année, voilà les titres que j’ai lus, avec pour certains de vrais coups de cœur, et pour d’autres, un peu de perplexité…

J’ai aimé :

 

La nuit des Béguines d’Aline Kiner
la nuit des béguines, aline kinerSi vous aimez les romans historiques, voilà un titre très intéressant.
Pour ma part, c’est plutôt le sujet traité qui m’a donné envie de me plonger au Moyen-Âge, dans un Paris où le statut des femmes était fragile et sans cesse menacé.
Je connaissais très peu les béguinages, et d’ailleurs on sait encore peu de choses à leur sujet. Les béguinages sont un ensemble d’habitations dans la ville où les femmes pouvaient vivre en autonomie à une époque où elles n’étaient définies que par leur rôle familial, de mère ou d’épouse, et où leur – très relative- indépendance était critiquée et réprouvée.
Ce roman traite de cette place ô combien fragile, tolérée puis remise en question, à travers les histoires croisées d’Ysabel, qui connaît tous les secrets des plantes et des âmes, ou de Maheut, jeune femme rousse en fuite qui trouvera un refuge inespéré dans ce béguinage parisien.

Féministes avant l’heure, ces personnages féminins m’ont séduite par leur capacité d’adaptation à une époque où la moindre erreur est fatale, où les rumeurs peuvent détruire plus vite que la maladie, où naître rousse est encore signe d’infamie… L’autrice tisse et croise ses histoires en abordant habilement plusieurs thèmes qui traitent du quotidien, trivial ou plus spirituel, pour nous donner une image pleine et lumineuse de ce que pouvait être la vie d’une femme en 1310 : comment vivre avec le désir quand on est une femme seule ? De quelle façon les amitiés et la solidarité pouvaient-elles exister face au patriarcat, face à l’Eglise ?

la nuit des béguines, aline kiner

Aline Kiner.

L’écriture est belle et simple, sans apprêts mais avec une palette de lumières et d’images qui m’a transportée, entre une ville sale aux odeurs saturées, et une campagne toute en rosée et parfums de sous-bois. Un livre qui se lit, qui se sent, qui se ressent.

Retrouvez-le à la bibliothèque !

J’ai adoré :

 

– Par le vent pleuré de Ron Rash

J’avais déjà essayé de lire Ron Rash, c’était le Monde à l’endroit, en 2012. Après une lecture poussive, j’avais abandonné le roman en cours de route, désarçonnée et un peu perdue dans un récit qui m’avait peu intéressée.

ron rash, par le vent pleuréMais le résumé de ce nouveau roman m’a appâtée : « Dans une petite ville au cœur des Appalaches, la rivière vient de déposer sur la grève une poignée d’ossements ayant appartenu à une jeune femme, Ligeia. En 1969, elle débarque de Floride avec l’insouciance de sa jeunesse, avide de plaisir et de liberté. Elle va changer le destin de deux frères, Bill et Eugene, qui vivaient sous la coupe d’un grand-père tyrannique et conservateur. »

En à peine 200 pages, Ron Rash revisite le thème de l’adolescence, l’odeur de soufre qui l’accompagne quand on boit sa première gorgée d’alcool ou quand on devine l’attrait d’un bikini vert porté par une mystérieuse jeune femme, quand le bruit du vent dans les arbres porte en lui bien plus qu’un souvenir érotique au goût d’interdit et d’été éternel.
Cette plume qui diffuse en plusieurs mots bien choisis les charmes toujours nostalgiques de l’adolescence aurait pu se suffire à elle-même, mais l’auteur a choisi de partir d’un fait divers morbide pour aborder l’adolescence de ses héros, Bill et Eugene : des ossements vieux de plusieurs dizaines d’années, à l’endroit même de leurs premiers émois sexuels…

ron rash, par le vent pleuré

Ron Rash.

Cette fois, Ron Rash m’a emportée avec lui, et j’ai littéralement dévoré ce roman lu vite, bien trop vite ! La force de ce récit, c’est bien sûr ce cocktail savamment dosé de sensualité et de sueur, de poésie et de mort, de soleil et de tension sous-jacente. Lisez-le, laissez-vous porter par le vent.
Et découvrez ce qui se cache derrière cette expression, « par le vent pleuré »…

Je n’ai pas compris :

– Mercy, Mary, Patty de Lola Lafon

lola lafon, mercy, mary, pattyPourtant, j’ai essayé. Je me suis accroché, j’ai tenu jusqu’à la page 80.
Mais rien à faire, le choix narratif de Lola Lafon m’a laissée sur le bas-côté dès la 1ère page. En effet, l’autrice a décidé d’utiliser le « vous », comme si elle s’adressait directement au lecteur (ou à un personnage du roman, mais lequel ?), et je n’ai pas adhéré à ce récit « distancié », où l’une de ses héroïnes (au comportement étrange, incompréhensible, ce qui la rend très peu attachante) s’adresse à une jeune femme sans qu’on comprenne bien si le « vous » s’adresse à elle. Ce 2ème personnage m’a semblé dépassée, naïve, un peu « baladée » par la 1ère héroïne, dont on ignore de qui il s’agit.

J’étais pourtant très intéressée par le thème : comment une jeune femme kidnappée peut-elle finir par épouser la cause de ses ravisseurs ? Cette question est basée sur l’affaire Patricia Hearst, enlevée en 1974 par un groupuscule révolutionnaire d’extrême-gauche, et qui basculera du côté de ses ravisseurs, participant même au braquage d’une banque.
Mais à ce sujet, l’intrigue ne progressait pas assez vite à mon goût, et j’ai même eu l’impression que l’histoire tournait un peu en rond. Tout ceci entrecoupé des considérations incompréhensibles de l’héroïne, qui m’ont définitivement perdue !

lola lafon, mercy, mary, patty

Lola Lafon. Credit:BALTEL/SIPA/1404101050

La presse et les blogs sont unanimes pour applaudir le retour de Lola Lafon, alors à vous aussi de vous faire votre propre idée en l’empruntant à la bibliothèque !

Le (gros) bonus :

Une apparition, de Sophie Fontanel

sophie fontanel, une apparitionVoilà un journal de bord bien particulier, puisqu’ici, la journaliste, connue pour ses chroniques dans le magazine Elle, relate comment elle a accepté ses cheveux blancs, à travers une lente métamorphose qui durera 1 an et demi.

Sujet frivole, banal ?

Pas tant que ça, puisque les cheveux blancs de Sophie, avant d’apparaître en une chevelure « de nacre » (petite répétition du livre qu’on lui pardonnera volontiers), vont d’abord s’étirer en racines disgracieuses, puis en chevelure bigoût, car l’écrivaine a souhaité gardé son ancienne teinture brune pour accompagner jusqu’au bout ce changement capillaire.

Loin d’être auto-centré, ce récit est nourri des réactions de son entourage, depuis son frère (le « beau » de la famille quand elle était considérée comme « l’intelligente »), sa coiffeuse, ce couple croisé dans la rue (Madame n’assume pas de devenir « blanche », Monsieur l’y encourage tendrement…), et même ses followers sur Instagram, car quel meilleur réseau social pour faire partager ce choix assumé que celui où l’image est reine ?

Drôle, intelligent, tendre, piquant, ce journal aborde un sujet pas si superficiel que ça, car il aborde ce tabou fermement ancré dans notre société actuelle, qui consiste à considérer les femmes qui auraient des cheveux blancs comme des femmes très âgées, là où la publicité et les médias renvoient l’image d’une éternelle jeunesse. « Un aveu de vieillissement », les cheveux blancs ?

Sophie Fontanel joue avec beaucoup d’idées : pourquoi les hommes,eux, ne sont-ils pas enquiquinés quand ils ont des cheveux blancs ? Pourquoi cette hostilité de certains hommes qui ne comprennent pas son choix  ? Pourquoi lui dit-on si souvent qu’elle est « courageuse » d’assumer ses racines blanches ?

L’autrice explique dans une interview qu’à juste titre, « on a besoin de modèles. Dans le monde, et notamment dans la mode, il y a des femmes superbes qui ont les cheveux blancs. Elles ne vivent pas cela comme un renoncement à la séduction, elles renvoient une image très libre. Mais moi personnellement, j’en connais très peu des femmes aux cheveux blancs. Donc quand j’ai commencé ma transition, j’avais besoin d’avoir un modèle. […] Via Instagram, j’ai fait participer les gens à ça. Du coup, je suis devenue un modèle pour ces gens. Parce qu’il est là le problème, dès qu’on sort d’une certaine norme, on n’a pas de modèle. »

Voilà de quoi reconsidérer la question épineuse des cheveux blancs, qui pointent sur les têtes féminines parfois très tôt, et que beaucoup d’entre nous essaient de cacher à tout prix. Ce récit en forme de point d’interrogation vous autorisera à regarder vos cheveux blancs avec un peu plus d’indulgence, et rien que pour ça : merci Sophie !

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