Vénéneux et magistral, le premier roman d’Emmanuelle Caron

Tous les âges me diront bienheureuse : retenez bien ce titre de la rentrée littéraire 2017, vous allez forcément en entendre parler !

emmanuelle caron, tous les âges me diront bienheureuse, premier roman 2017, rentrée littéraireCe roman s’adresse à ceux qui aiment être charmés par une langue belle et organique, qui m’a rappelée celle de Valentine Goby ou de Léonora Miano. Une langue âpre, dure, et forte, qui ne vous épargnera rien d’un monde écorché et resplendissant à la fois, où la barbarie côtoie les amours passionnelles les plus vives, de celles qui infusent et empoisonnent, même des décennies plus tard…

Emmanuelle Caron tisse une très belle toile autour d’une génération de femmes, qui porteront en leur lignée les ravages de la Terreur rouge russe.
Comment, des décennies plus tard, Eva comprendra-t-elle l’origine du déchirement de sa famille, malgré cette langue russe qu’elle ne comprend pas, et que parle Ilona, sa grand-mère en proie au délire? Sa chère Baba devenue sénile et qui, aux portes de la mort, s’apprête à confesser une vie entière de fuite et de péchés, d’amour et de mort, où chaque scène ressemble à un tableau inachevé d’un peintre torturé.

emmanuelle caron, tous les âges me diront bienheureuse, premier roman 2017, rentrée littéraireVous vous en doutez : j’ai adoré lire et me faire envoûter par la plume piquante et semblable à nulle autre d’Emmanuelle Caron, qui signe là un premier roman exigeant, violent, qui se lit comme un rhum fort et qui fait parfois tousser!
Son écriture a ceci de presque hypnotique que même les passages les plus difficiles à lire, comme un viol qui signe le point d’orgue d’une tension savamment amenée, même ces passages-là participent d’une histoire si puissante que ses aspects les plus noirs lui donnent force et densité.

Charnel, morbide, sensuel, monstrueux, et vénéneux : ce roman reste en mémoire bien après qu’on l’ait refermé, et frappe fort.

Comme rien n’est plus explicite qu’un extrait pour se faire une idée, j’ai choisi ce passage où Ilona, héroïne difficile à cerner (et on aime ça !), se retrouve enceinte :

« En deux mois, elle n’a pas posé une seule fois ses mains sur la poche de peau presque transparente qui pend sous ses seins et abrite le monstre. Elle refuse la présence de Piotr et celle de tous les autres, elle ne veut pas être vue dans cet état repoussant, canines et pieds agrandis démesurément, abdomen hypertrophié. Enfermée dans son appartement de Taganskaya offert jadis par Gleb, Ilona connaît une confrontation brutale, ricanante, avec les limites de son corps, de sa beauté, de son âge. »

Je vous invite à découvrir très vite ce roman, en bibliothèque ! (Et très bientôt à Louise Michel)…

 

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