Une bouche sans personne

Attention, pépite !

Une bouche sans personne est un premier roman remarquable, un roman qui laisse un souvenir prégnant une fois la dernière page lue, et qui diffuse et vous imprègne encore quelques jours, tant l’émotion y est intense sans jamais tomber dans l’excès de la démonstration.

Ce joli roman m’a été conseillé par une lectrice, qui a eu un coup de cœur pour ce titre, et m’en a si chaleureusement parlé que j’ai « rattrapé » cet oubli et l’ai commandé pour la bibliothèque.
Depuis, je l’ai lu, et j’ai percé le mystère de ce titre si intrigant. (Et ne comptez pas sur moi pour vous spoiler !)
une bouche sans personne, gilles marchand

Il faut dire qu’en-dehors de son titre accrocheur, une bouche sans personne est un régal de poésie et de fantaisie, un condensé d’émotions et de pudeur, un mélange léger et pétillant avec un petit goût amer mais sucré aussi.
Il est difficile pour moi de vous présenter ce roman, car il fait partie de ces histoires foisonnantes et inclassables qui relèvent plutôt du conte, mais un conte qui s’adresse à de grands adultes qui ont conservé leur part d’enfance. Cette petite part d’enfance qui souffre encore des regards en biais de ses camarades de classe… Où quand même adulte, le héros continue de porter une écharpe, nuit et jour, comme bouclier de soie pour se cacher des autres, bouclier devenu fardeau avec le temps.

Car tout part de là : pourquoi le héros, comptable cinquantenaire, cache-t-il cette cicatrice? Et quel est ce poème qui semble être l’un des piliers de sa vie, revenant pour consoler ou accompagner ses moments de doute ?

Mais surtout, ce qui place ce roman dans la liste de mes coups de cœur, c’est cet humour acide, absurde et plein d’auto-dérision dont le héros fait preuve pour affronter un quotidien qui serait bien monotone sans cette touche de fantaisie.

Je ne résiste pas à l’envie de vous copier un échantillon de cet humour, mon préféré parmi tous, celui qui m’a fait rire toute seule devant le livre et pourtant, je ne suis pas un public facile à faire rire à distance !

Le héros, quand il était petit garçon, a un jour demandé à son grand-père comment on faisait les nouilles. « Si c’était un légume qui poussait quelque part ou si c’était comme le pain, quelque chose de fabriqué ».
Pour répondre à sa question, le grand-père a téléphoné en personne à M. Panzani, et voilà sa réponse écrite :

Cher Monsieur,
En réponse à votre appel d’hier, je vous adresse ces quelques informations. Les nouilles se récoltent dans des carrières. Ce que l’on appelle des carrières de nouilles. Il existe plusieurs gisements de par le monde. Une équipe de « nouilleurs » est chargée de la prospection. Ils enfoncent d’énormes forets dans le sol et analysent les différentes couches accumulées au cours des siècles. Parmi ces différentes couches et sous-couches, ils peuvent avoir la chance de tomber sur un gisement de nouilles. Là commence le travail des « dénouilleurs », qui ont la charge d’extraire l’aliment de son milieu naturel. Les gisements varient entre quelques mètres carrés et plusieurs hectares, mais l’extraction demande un savoir-faire et une minutie hors-normes. Tractopelles et brouettes se relaient alors jours et nuits sur la carrière jusqu’à ce qu’il ne reste plus une seule nouille en liberté.
Malheureusement, nos nouilleurs ont beau mettre toute leur énergie à parcourir le monde, il semblerait que nous soyons venus à bout de nos ressources naturelles en nouilles. Une bonne nouvelle est toutefois venue apporter le sourire à nos équipes et nos dénouilleurs vont pouvoir se remettre au travail.
En effet, un nouveau gisement a été découvert. Ce dernier se trouve en plein cœur de Paris, ce qui ne va pas rendre notre travail aisé. Il ne nous manque qu’une ou deux autorisations administratives et l’extraction pourra débuter. Cependant les difficultés techniques vont nous donner du fil à retordre. Le gisement se trouvant sous la cathédrale Notre-Dame, nous allons devoir la démonter pierre après pierre et la remonter un petit peu plus loin, certainement aux environs du XIIIème arrondissement, à moins que le bois de Boulogne n’offre de meilleures perspectives.
Vous vous doutez qu’un tel chantier ne se fera pas en un jour et que le coût financier aura vraisemblablement des répercussions auprès des consommateurs. Nous vous demandons donc la plus grande discrétion, afin qu’aucune rumeur ne filtre, ce qui aurait pour effet de créer un véritable krach de la nouille.

gilles marchand, une bouche sans personne

Gilles Marchand. Cop. (JOEL SAGET / AFP)

Ce petit morceau de poésie, d’humour et d’absurde mêlés m’ont embarquée, moi qui pourtant n’adhère pas du tout à ce style habituellement. La belle prouesse de Gilles Marchand est de réussir à brosser un portrait si humain, subtil et touchant de son héros, sans jamais sombrer dans l’auto-apitoiement, qu’on en vient à avoir de l’affection pour lui, et peut-être que comme moi, en refermant ce livre, vous aurez les larmes aux yeux…

Retrouvez Une bouche sans personne à la bibliothèque.

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