Comme sur des rails …

Céline, sur le blog,  nous posait la question il y a quelques temps « où et quand trouver le temps de lire ? » … pour ma part, les heures passées dans les transports sont essentiellement consacrées à la lecture, d’où la baisse de régime quand les beaux jours reviennent et que j’enfourche mon vélo ! Quand on prend cette habitude, on constate qu’il y a des livres « de métro », « de train » et d’autres qui ne sont pas du tout adaptés aux brinquebalements, à la cohue, à la continuelle ouverture/fermeture des portes, …

dans les transports

Mais pour l’heure, ce n’est pas de livres à lire dans les transports dont je vais parler mais plutôt de livres dont les transports sont le décor, voire parfois même des acteurs à part entière …

On commence en musique !

 

ce-qui-nous-separeCe qui nous sépare / Anne Coullongues

Sept personnages prennent place dans ce RER qui traverse Paris et file vers le nord-ouest, dans cette banlieue lointaine. Tou.te.s ont de bonnes raisons d’être là, à rêvasser la tête appuyée contre la vitre, à divaguer en faisant des sudokus, à angoisser en consultant frénétiquement leur portable … Chacun.e a son histoire qui nous est livrée par l’autrice avec délicatesse, comme si elle était une petite souris se glissant dans leur intimité. Un premier roman qui explore avec talent la psychologie des personnages, met en scène un huis clos avec finesse et distille une douce mélancolie.

« Elle avait oublié à quel point il est agréable de s’assoir dans un train, de se confier au mouvement, l’apaisement instantané que procure ce détachement ; le fauteuil rend spectateur et la vitesse léger. »

les-liaisons-ferroviairesLes liaisons ferroviaires / Jean-Pierre Martin

Le TGV 9864 au départ de Bruxelles à destination de Marseille embarque à son bord, en voiture 16, des personnes que rien n’aurait destiné à se rencontrer : un ethnologue, un footballer, une universitaire, une psychanalyste … Entre voix off, réflexions intérieures, et dialogues entre les personnages, l’auteur déroule une histoire chorale avec humour et intelligence.

« A mon sens, un voyage à trois cents kilomètre heures sur la planète Terre, dans un pays occidental marqué par la toute nouvelle révolution des moeurs (révolution à deux temps), offre une occasion unique d’observation des rapports humains. Il faudrait d’ailleurs étudier scientifiquement les réactions épidermiques induites pars la technologie, les vibrations, le bruit, les ondes, la vitesse, ainsi que leurs effets sur la fibre libidinal du cortex ».

le-liseur-du-6h27Le liseur du 6h27 / Jean-Paul Didierlaurent

Guylain Vignolles est né affublé d’une contrepèterie malencontreuse comme nom : Vilain Guignol. Guylain n’est ni beau, ni laid, ni gros, ni maigre, ni petit, ni grand, ordinaire diraient certain, héros discret affirmeraient d’autres. Il est ouvrier dans une usine qui broie du papier, des livres ; un comble pour cet amoureux des testes, des mots. Alors, tous les matins de la semaine, dans le train de 6h27, il lit à voix haute les pages des livres qu’il a réussit à sauver du pilon. Métro-boulot-dodo, voici à quoi pourrait se résumer la vie de Guylain, jusqu’au jour ou … il fait une rencontre qui change le cours de l’histoire : une clé usb. Un premier roman léger, poétique, drôle, un conte de fée moderne émouvant.

« Peu importait le fond pour Guylain. Seul l’acte de lire revêtait de l’importance à ses yeux. Il débitait les textes avec une même application acharnée. Et à chaque fois, la magie opérait. Les mots en quittant ses lèvres emportaient avec eux un peu de cet écœurement qui l’étouffait à l’approche de l’usine. »

 

Le Crime de l'Orient expressLe Crime de l’Orient express / Agatha Christie

Chef d’œuvre de la littérature policière, grand classique du genre, « Le crime de l’Orient express » est à lire et à relire, sans conteste. Agatha Christie met en scène Hercule Poirot dans une de ces plus fameuses enquêtes à bord du mythique train, tricote une intrigue implacable et retorse, un huis clos remarquable et haletant. Sans oublier l’adaptation ciné de Sydney Lumet en 1974, avec un casting incroyable, Albert Finney en Hercule Poirot, Lauren Bacall, Jacqueline Bisset, Sean Connery, Anthony Perkins, Ingrid Bergman, Vanessa Redgrave, Jean-Pierre Cassel, …

« – Montrez-nous que l’impossible peut devenir possible.
– Voilà une excellente phrase, dit Poirot. L’impossible ne peut se produire, donc l’impossible doit devenir possible, malgré les apparences. »

Vous en conviendrez le train est un lieu de rencontres, de surprises et un décor parfait pour nous raconter des histoires, comme celle de Francis, Jack et Peter qui pour renouer les liens fraternels décident de faire un long voyage en Inde à bord du Darjeeling Limited sous l’œil fantaisiste de Wes Anderson.

Les littératures de l’imaginaire semblent trouver que les trains se prêtent à une ambiance idéale pour une intrigue post-apocalyptique : « Le Concile de Fer » de China Miéville met en scène un train mythique qui a été détourné puis transformé en une habitation en mouvement perpétuel, ses habitants construisant sa voie ferrée au fur et à mesure tout en la détruisant après son passage ; « Le monde inverti » de Christopher Priest présente lui une cité qui se déplace lentement sur des voies de chemin de fer avec pour destination l’Optimum, par nature inatteignable ;

Transperceneige / Jean-Marc Rochette, Jacques Lob

Dans cette bande-dessinée, initialement parue en 3 tomes, un train de mille et un wagons circule autour de la terre devenue inhabitable à la suite d’une catastrophe climatique. La société y est organisée en classe des wagons de queue, lie de l’humanité, à ceux de têtes où confort et luxe sont de mises. Cette hiérarchie de classes commence à être modifiée, lorsque le héros, Proloff, décide de remonter vers les wagons dorés.

« Parcourant la blanche immensité d’un hiver éternel et glacé d’un bout à l’autre de la planète roule un train qui jamais ne s’arrête. C’est le Transperceneige aux mille et un wagons, c’est le dernier bastion de la civilisation. »

et ne pas manquer l’adaptation ciné (assez libre) réussie par John-Ho Bong : Snownpiercer

 

pour un petit tour (in)complet passons par la case jeux vidéo, avec Rémi qui nous dit un mot du jeu qui le rend accro en ce moment :

« Le jeu qui me passionne en ce moment (et sur lequel je reviendrai prochainement dans un article) Persona 5, est un jeu de rôle dans lequel on incarne un lycéen japonais dans Tokyo qui décide avec ses amis de s’élever contre tous les adultes corrompus qui impactent la vie de leurs proches. Comment procèdent-ils ? Tout « simplement » en rentrant dans l’imaginaire du coupable (le monde tel qu’il le perçoit ) et en lui volant son cœur. Où sont les trains dans tout ça me direz-vous ? Et bien nous y arrivons. En bon tokyoïte notre personnage passe beaucoup de temps dans le métro. Ces phases de transitions sont l’occasion d’entendre des rumeurs, de ressentir l’aspect étouffant de la vie citadine et éventuellement, s’il arrive à trouver une place assise de feuilleter quelques pages d’un livre, comme dans la vraie vie en somme. Et surtout notre protagoniste et ses amis vont avoir l’occasion de s’aventurer dans un immense donjon représentant l’imaginaire collectif des tokyoïtes dans lequel résident tous les aspects sombres personnifiés de leurs esprits. Ce lieu effrayant prend la forme d’un labyrinthe de voies de métro, sombre et absurde, qui s’enfonce apparemment à l’infini sous la terre. De temps en temps on débouche sur un quai, l’occasion de faire une pause et d’observer de sombres silhouettes entrant dans des trains pour des destinations inconnus. J’aime beaucoup ce choix des créateurs. Il montre l’importance du métro pour les habitants de la ville. Lieu à la fois tortueux, étouffant et complexe, il abrite les pires aspects de leurs personnalités au détour de rails tordus et de voies sans issues. Mais c’est aussi un passage obligatoire. Une fois lancés sur ces rails nous n’avons pas d’autre choix que d’avancer pour arriver à destination et espérer percer les secrets de ce monde mystérieux. »

Et on termine en musique et jeux de mots (avec le plan de métro-oulipo) !

Enregistrer

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s