Vagabondages

La marche a le vent en poupe (et cela bien avant qu’elle devienne un slogan de campagne à l’élection présidentielle !) dans la littérature.

Empruntez les chemins

Activité reposante, revigorante, inspirante et salutaire, elle inspire les philosophes, les écrivains, les voyageurs, les poètes. Petit tour d’horizon de ceux et celles qui nous donnent envie de parcourir les chemins, de vagabonder, de suivre les panneaux indicateurs, de prendre des routes de traverses, de découvrir des itinéraires oubliés  …

Côté philosophie, méditation et réflexions sur cette activité que l’on a parfois du mal à qualifier (un sport ? un retour aux sources ? une expérience spirituelle ?), on trouvera assez facilement des éloges de la marche, philosophie de la marche ou art de la marche. Le maître incontesté en la matière reste le poète et philosophe Henry David Thoreau (qui mériterait a lui seul un article de blog) avec « Marcher ».

Mais penchons nous plutôt sur les récits ou la fiction avec …

sylvain-tessonL’écrivain-voyageur Sylvain Tesson

De marche, il en question dans la plupart des récits de voyage de Sylvain Tesson. Dans son dernier titre, paru à l’automne dernier, l’écrivain voyageur décide de s’attaquer à cette zone d’hyper ruralité, ces chemins noirs qui n’apparaissent sur aucune carte. Plus qu’un récit de voyage, il s’agit ici d’un retour à l’essentiel, d’un hymne à l’amitié et aux rencontres, d’une incitation à la découverte, à l’aventure à portée de main, d’une quête de simplicité.

itineraire-chemins-noirs

« Il m’aura fallu courir le monde et tomber d’un toit pour saisir que je disposais là, sous mes yeux, dans un pays si proche dont j’ignorais les replis, d’un réseau de chemins campagnards ouverts sur le mystère, baignés de pur silence, miraculeusement vides.
La vie me laissait une chance, il était donc grand temps de traverser la France à pied sur mes chemins noirs.
Là, personne ne vous indique ni comment vous tenir, ni quoi penser, ni même la direction à prendre. »

woolf virginiaL’auteure Virginia Woolf

« Au hasard des rues : une aventure londonienne » évoque la promenade qu’entreprend l’auteure pour aller chercher un crayon papier. Ce prétexte est pour elle le point de départ d’une aventure où chaque détail, chaque observation, chaque son provoque réflexion, permet à l’esprit de s’évader. Elle fait ainsi un beau parallèle entre l’errance de l’esprit, les chemins sinueux que peuvent prendre la pensée et les pas du promeneur qui se laissent guider par le hasard des rues. Ce court texte, assez peu connu, est un petit bijou de littérature dont on se délecte avec plaisir (d’autant plus si l’on a prévu un week-end londonien !).

Au hasard des rues Virginia woolf

« S’échapper est le plus grand des plaisirs ; errer au hasard des rues en plein hiver la plus grande des aventures. »
« Suis-je ici ou suis-je là? Ou est-ce que le vrai moi n’est ni ceci ni cela, ni ici ni là-bas, mais quelque chose de si varié et de si fluctuant que c’est seulement lorsque nous donnons libre cours à ses désirs et le laissons faire sans entraves, à sa guise, que nous sommes vraiment nous-mêmes? »

Le mangaka Jiro TaniguchiFurari / Jiro Taniguchi

Dans « Furari » (qui signifie « au gré du vent » en japonais), le personnage principal arpente les ruelles d’Edo (l’ancien Tokyo) en comptant ses pas, en admirant l’éclosion des cerisiers en fleurs, en assistant aux scènes de rues provoquées par des marchands, des enfants, de jour, de nuit, sous la pluie ou sous le vent. La marche est pour lui un moyen de cartographier la ville mais également de ressentir toutes ses humeurs. Comme souvent dans l’œuvre de Jiro Taniguchi, il est question de déambulation, de poésie, de lenteur et de finesse.

Furari / Jiro Taniguchi« C’est quoi la liberté ? On te dit de faire ce que tu veux, mais au fond tu n’as nulle part où aller ? »

La baroudeuse et auteure Cheryl StrayedCheryll Strayed

De la marche, de la « vraie », de la randonnée, voilà ce que vous trouverez dans Wild … mais pas seulement. Cheryl Strayed suite à divers problèmes personnels décide de partir se ressourcer, se retrouver en s’attaquant seule au PCT (le Pacific Crest Trail) un chemin de randonnée ardu qui traverse des forêts, suit des crêtes, de la frontière mexicaine à celle du Canada. Ce récit inspirant est un bel exemple de dépassement de soi, d’exploration de ses propres limites intérieures.

Wild / Cheryll Strayed

« J’ai marché, marché, l’esprit en mode primal, vide de toute pensée à l’exception d’une seule : aller de l’avant. J’ai continué jusqu’à ce que mon corps se rebelle et que je ne puisse plus mettre un pied devant l’autre. Alors, j’ai couru. »

La lettre qui allait changer le destin d'Harold FryLe retraité Harold Fry …

… voit son destin changer un mardi à la réception d’une lettre. En effet, après la lecture de cette lettre Harold rédige une réponse qu’il part déposer dans la boîte aux lettres située au bout de sa rue. Arrivé devant cette boîte, il poursuit son chemin jusqu’à la suivante, puis la suivante … et décide ainsi de marcher jusqu’à Berwick, dans le nord de l’Angleterre, à plus de 1000 km de chez lui,  afin rendre visite à sa correspondante. Cette marche qui s’apparente à un pèlerinage est l’occasion pour lui de se remémorer les petits et grands événements de sa vie, de même que pour sa femme, Maureen, maussade et épouse aigrie, restée seule dans leur maison, de faire des rencontres, de susciter des vocations. Un « feel good book – page-turner » ou par respect pour la langue française un « livre qui rend heureux », « un livre impossible à lâcher » les personnages étant très attachants de même que l’objet de cette marche.

Les chaussures D'Harold Fry

« Il avait intériorisé un rythme lent que la fureur de la grande ville menaçait maintenant de bouleverser. Il s’était senti à l’aise à l’air libre, dans la sécurité de la campagne, où chaque élément était à sa place. Il avait pris conscience d’appartenir à quelque chose d’immense, qui dépassait sa simple existence. »

Amour australL’illustrateur Jan Bauer …

dans son premier roman graphique « Amour austral », nous raconte son périple dans le désert australien d’Alice Springs à Yuendumu, 450 km. On est vite envouté par ces grandes étendues sauvages, le magnétisme de ces terres australes. Périple au départ conçu pour être solitaire, la donne est changée lorsqu’il croise le chemin de Morgane. Un récit de voyage romantique illustré de très belles aquarelles en noir et blanc.

Amour austral

« On m’a demandé pourquoi j’entreprenais ce voyage. Bonne question. Est-ce l’aventure pour l’aventure ? Je viens de passer deux années difficiles. J’ai besoin de solitude … pour pouvoir me retrouver profondément. Pour être libre … devenir plus fort. Affronter enfin mes tourments. Découvrir mes propres limites et élargir mon horizon. C’est un voyage au bout de moi même ».

Etta et Otto (et Russel et James)Etta Kinnick, 83 ans, qui rêve de voir la mer …

De sa province du Saskatchewan, au Canada, Etta, 83 ans, décide un matin de partir voir la mer pour la première fois de sa vie. Elle laisse une lettre à son mari Otto, précisant qu’elle essaiera de ne pas oublier de revenir, glisse du chocolat, des feuilles, un stylo et un fusil dans son sac et entame un parcours de plus de 3000 km. Au fil de cette marche, les souvenirs refont surface, l’histoire d’Etta et d’Otto prend la forme de leur correspondance, la mémoire joue des tours et le coyote James, fidèle compagnon de voyage, livre ses réflexions. Un roman teinté de douceur et de mélancolie, qui évoque l’amour, l’amitié, la mémoire, la vieillesse, la vie qui file, le temps qui passe.

Itinéraire Etta Kinick

« Nous avons tous peur, la plupart du temps. La vie serait sans vie autrement. Aie peur et puis saute dans cette peur. Encore et encore. Simplement n’oublie pas de t’accrocher à toi-même pendant que tu le fais. »

Et parce que le cinéma n’est pas en reste quand il s’agit d’errance, d’exploit personnel et de quête de sens, voici un excellent film, passé inaperçu lors de sa sortie en salle mais qui mérite bien un rattrapage en DVD : Tracks de John Curran qui relate l’incroyable voyage entrepris en 1975 par Robyn Davidson, qui abandonne sa vie urbaine pour traverser le désert australien sur trois mille deux cents kilomètres en compagnie de 3 chameaux et d’un chien.

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2 réflexions au sujet de « Vagabondages »

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