Top 2016 – Quentin

Heureusement, 2016 ne s’est pas contentée de jouer à la grande faucheuse, elle a aussi su nous offrir des œuvres magnifiques. Grand retour ici sur mes meilleures découvertes de 2016, qu’il s’agisse de livres, de films, de CD, de spectacles ou de chaînes Youtube.

15 – Horreur à Arkham : Le jeu de cartes

arkham-horror-jeu-de-societe-1Vous connaissiez peut-être déjà « Horreur à Arkham« , ou bien sa version plus moderne, « Les contrées de l’horreur » ? Il s’agit d’énormes jeux de plateau, permettant de jouer pendant des heures avec plusieurs amis à se faire massacrer gaiement par des horreurs Lovecraftiennes. C’est terriblement difficile et punitif, mais pour peu qu’on aime le genre (et lancer des brouettes de dés, aussi), c’est extrêmement plaisant.

Asmodee a senti le filon, et a donc développé une version pour deux joueurs reprenant la thématique de l’original et quelques-une de ses mécaniques, tout en le simplifiant énormément. Et quel succès !

Le plus frappant est d’entrée l’ambiance qui s’installe. Si dans les anciennes versions le mythos Lovecraftien n’était au fond qu’un vernis plaqué sur des mécaniques de jeu, ici un effort a été fait pour mettre le joueur en constante immersion. Chaque nouvelle phase de jeu est accompagnée d’un texte décrivant habilement la manière dont progressent les monstres, comment est l’environnement, quels sont les protagonistes…

Le jeu de base se compose de trois missions, au travers desquelles les joueurs voient évoluer les compétences de leurs personnages grâce à un système d’expérience. Chose intéressante et très dans l’esprit de l’œuvre originale : souvent, le bon choix devant une situation terrible est la fuite, et le fait de vouloir absolument tuer chaque monstre et résoudre chaque énigme est plus fréquemment porteuse de décès que de points d’expérience.

Bref, ce jeu réussit avec brio à prendre le meilleur des deux univers, entre intrigue mythique et mécanique terriblement soignée.

14 – Culottées – Pénélope Bagieu

culotteesA l’origine, un blog BD sur le site du monde, maintenant édité en librairie – deux tomes déjà parus -. Il s’agit de courtes histoires en quelques planches sur des femmes, qui sont en effet pour le moins culottées.

Une des choses qui m’a tout de suite frappé en lisant ces portraits, est qu’il ne s’agit en aucun cas d’une compilation de femmes bien, gentilles ou même nécessairement très connues. Il s’agit là, comme le titre le dit bien, de femmes fortes, qui ont été chercher les moyens de leurs ambitions et ont refusé de se laisser marcher dessus… Et c’est terriblement rafraichissant.

Le dessin est simple, mais se met très bien au service du propos, qui réussit à la fois à être didactique et percutant, et les personnages deviennent tous terriblement attachants dans leurs combats respectifs.

13 – Merci Patron – Francois Ruffin

affiche_merci-patron_lardonsa4Film de François Ruffin, petit génie derrière la revue Fakir, celui-ci n’aurait sans doute jamais dû voir le jour. Ayant vu son financement refusé par le CNC, il ne doit son existence qu’à la persévérance de ses auteurs et à une campagne Ulule couronnée de succès.

Documentaire dans la veine de Pierres Carles, il s’agit autant d’une farce absurde que d’un commentaire acide sur le capitalisme. L’histoire est simple : une famille vit dans la plus grande précarité après que l’entreprise locale ait été fermée sauvagement. Comment faire payer les patrons ? Et surtout, comment le faire de la manière la plus drôle et humiliante possible ?

C’est drôle, grinçant et fondamentalement tragique, mais c’est aussi une fable extrêmement réjouissante sur la manière d’obtenir de la justice sociale.

12 – Underrail

35adfcbbbc6fa730ed37b7c5690b43c4dfed2b2dea36272d31ecd4642f59a3eaVous aimez les jeux qui vous veulent du mal ? Ceux où 50 heures de gameplay peuvent être ruinés par une mauvaise décision lors de l’évolution de votre personnage ? Ceux où les ennemis sont systématiquement plus forts que vous, les ressources rares et les alliés… ambigus ?

Et, enfin, les jeux où, une fois toutes ces épreuves surmontées, on est pris du sentiment d’avoir vécu une très grande expérience en immersion, où aucun cadeau ne vous a été fait et où la victoire a été cherchée avec les dents, dans le sang et la douleur ?

Ne cherchez plus, Underrail est fait pour vous.

C’est un gigantesque bac à sable souterrain dans une ambiance post-apocalyptique qui rappelle les premiers Fallout. Vous êtes seul, au milieu de bien des factions, chacune avec ses intérêt propres…Qui vont rarement dans le sens des vôtres.

Le système de jeu est celui d’un jeu de rôle tactique classique, avec des points d’actions à dépenser au tour par tour, mais le système de création de personnages est d’une impressionnante richesse, permettant la plus grande liberté dans la modélisation de son avatar… Au risque cependant de se retrouver avec un petit génie des mathématiques et de l’électronique, mais qui se fera dévorer tout cru par le premier rat venu.

… Seulement, et c’est là aussi le génie du jeu, le joueur peut se sortir des situations de bien des manières. Un robot tueur garde la porte du prochain niveau ? On peut certes essayer de l’affronter. Mais on peut aussi essayer de soudoyer un garde pour qu’il le désactive, on peut passer discrètement par les canalisations pour le contourner, on peut utiliser ses compétences de piratage pour le désactiver, on peut leurrer une patrouille ennemie pour qu’elle l’affronte à notre place… Le jeu regorge de choix, tant tactiques que narratifs, et procure de très grands moments de plaisir et d’accomplissement.

11 – You want it Darker – Leonard Cohen

0965d672b61dd6173d5b54bf89881891-1000x1000x1Je parlais déjà ici de mon amour de Léonard Cohen, et il est peu dire qu’il s’étend a ce dernier – pour de bon, malheureusement… – opus de sa discographie.

L’album porte très bien son nom. Il est sombre, terriblement mélancolique et loin de toutes les explorations plus enjouées que Léonard Cohen avait pu faire. Le morceau éponyme porte en lui une force d’évocation rare, d’une grande noirceur certes, mais pleine de poésie.

Est-ce que c’est le meilleur album de Léonard Cohen ? Sans doute pas. S’agit-il d’un des albums les plus importants de 2016, même sans prendre en compte son décès ? Assurément.

10 – Chroma

miniatureulule-mmrt2ie3k2juJ’ai l’intime conviction que Karim Debbache est l’un des boss de l’internet, et je suis un fan enthousiaste depuis les premières heures de Crossed. Alors autant dire que quand le monsieur a parlé de Kickstarter un projet encore plus ambitieux, j’ai lâché mes deniers avec grand plaisir.

Chroma, c’est de la critique cinéma de films plus ou moins connus, plus ou moins récents et, surtout, d’œuvres de qualité variable. Et ce qui est toujours percutant, c’est de voir la manière dont même les œuvres les plus… discutables, sont traitées sous l’angle bienveillant de « Qu’est ce qui rend ce film unique et intéressant ? »

Que dire de plus… C’est drôle, c’est érudit, c’est gratuit – merci Internet – et c’est un très bon moyen de découvrir des morceaux de culture qu’on aurait totalement ignorés autrement.

9 – Stranger Things

Stranger_ThingsJ’ai rarement vu une série arriver à la fois à jouer de tous les codes du genre de l’horreur et de la nostalgie des 80s tout en réussissant à s’en extraire avec brio pour donner quelque chose de neuf.

Grand coup de cœur Binge-Watché avec entrain, la série se paye le luxe d’un quasi sans faute, avec une bande son géniale, des personnages attachants et des scènes maintenant mythiques. Petite cerise sur le gâteau pour moi qui suit rôliste, voir une série traiter de ce loisir et des personnages qui y participent avec autant de bienveillance m’a fait très chaud au cœur.

8 – Torment – Tides of Numenera

num-tormentOui, avec deux jeux de ce genre dans ce top, on peut commencer à penser que j’ai un biais en faveur des jeux de rôle narratifs de la vielle école. Certes.

Ceci étant, Planescape Torment premier du nom, vieux de presque vingt ans déjà, avait été probablement un des plus grands chocs vidéo ludiques de ma vie. Pour que, alors encore jeune adolescent, un jeu réussisse à me faire me questionner profondément sur de grandes questions philosophiques, il en fallait tout de même sacrément dans le coffre.

Encore aujourd’hui, je me souviens des grandes discussions avec Ravel, de la quête de ce qui pouvait changer la nature d’un homme, du sens de la quête quand celle-ci a pour but de réussir à échouer. Bref, ce jeu prenait à rebours tout ce que j’avais appris des jeux vidéo, ce qui se résumait probablement à l’époque à collectionner des chocobos et à sauter sur des champignons.

Autant dire que Tides of Numenera, le deuxième opus, arrivait dans mon salon porteur d’un gros enjeu. Précisons au passage que je n’ai donc pu jouer qu’à sa version Early-Access, qui semble cependant assez fidèle à ce que sera le rendu final.

Bref, est-ce une claque aussi puissante que son aïeul ? Peut-être pas. Mais pas loin. Torment joue à nouveau la carte de l’exploration des passions humaines – ou non-humaines, d’ailleurs – au lieu d’être une énième redite de sauvetage planétaire. Et il le fait bien. Diablement bien.

La qualité de l’écriture des dialogues et des personnages, principal point fort du premier opus est à nouveau présente, petit détail qui illustre la chose : Patrick Rothfuss a été recruté pour écrire un personnage. On rit, on s’inquiète, on frémit. Le jeu est extrêmement bavard, et on lit énormément. Ce qui pourrait d’ailleurs être un très bon prétexte pour les gens qui ne disposent pas d’après-midi entière à parler avec des personnages non joueurs, de fuir ce jeu. Par contre pour ceux qui réussissent à apprécier ces mélanges entre roman et vidéo ludique, il s’agit ici clairement d’une pépite.

… Et est-ce que j’ai précisé que Patrick Rothfuss à participé a l’écriture ? Car Patrick Rothfuss a participé à l’écriture.

7 – Jodorowsky’s Dune – Frank Pavich

imagesVéritable ode à la démesure, il s’agit ici d’un documentaire sur ce qui aurait dû être – tout du moins de l’avis de son auteur – le plus grand film de tous les temps, et qui n’a jamais été filmé, à savoir l’adaptation de Dune par Jodorowsky.

Ce film n’est pas seulement fascinant dans ce qu’il montre des ébauches de Dune, dans la grandeur du projet, mais aussi dans ce qu’il montre de la personnalité de Jodorowsky, roublard génial, fou d’exigence et d’ambition artistique.

Pour l’anecdote, ce fut toutefois un visionnage un peu pénible à cause du monsieur à Pop-Corn de la rangée d’en face qui demandait toute les 10 minutes à voix haute « Mais, et le vrai film, il commence quuuaaaaaand ? »

6 – Mademoiselle – Park Chan-Wook

451429-jpg-c_215_290_x-f_jpg-q_x-xxyxxPark Chan-wook est un virtuose. Ce résumé devrait probablement s’arrêter ici, car tenter de parler de ce film sans spoiler semble impossible. Et Park Chan-wook est, définitivement, absolument un virtuose.

Ceci étant, essayons : trois personnages, trois actes, trois histoires qui s’entremêlent et se dévoilent au fur et à mesure, dans un constant jeu de chasse aux indices distillés entre le réalisateur et le spectateur. On en restera scié par la qualité de la narration, la performance des acteurs et l’incroyable puissance qui se dégage des personnages.

5 – Zanaka – Jain

jain_album_zanakaShake-your-booty d’or de ma discothèque 2016 (même si je triche un peu, je l’ai connu en 2016, mais il est sorti fin 2015), il me semble physiquement impossible pour toute personne normalement constituée de ne pas se dandiner irrésistiblement sur des titres comme Makeba ou Come.

L’album est un improbable mélange des genres, entre Reggae, Funk,Hip Hop et Electro, dont l’assemblage se fait avec une maestria incroyable. On appréciera d’autant plus la clarté des compositions et la cohérence de l’ensemble de l’album, qui ne réduit pas ce CD à une simple machine à tube.

4 – Abominable Charles Christopher – Karl Kerschl

christopherJ’en ai déjà parlé ici : C’est beau, c’est poétique, c’est profond, mangez-en.

3 – Le tour complet du cœur 

160226-le-tour-complet-jean-franc__807_ois-gaultier-3Sur celui-ci je triche un peu. Il ne s’agit pas d’une oeuvre de 2016, puisque cette pièce de théâtre existe depuis très longtemps déjà. Je me plais cependant à penser qu’elle se réinvente tellement qu’elle en restera toujours un peu neuve, et ce fut un tel coup de cœur de cette année que je m’en voudrais de ne pas en parler.

L’idée est géniale : refaire en trois heures le tour de toutes les pièces de Shakespeare, en mêlant théâtre, cirque, conte, comédie, magie et un magnifique grain de folie comme fil conducteur de l’intégralité du spectacle.

Sautez sur les places si jamais vous avez l’occasion de le voir passer par chez vous, il s’arrête souvent peu longtemps, et ce serait terriblement dommage de se priver d’un si beau moment de poésie.

2 – L’homme qui mit fin à l’histoire – Ken Liu

56950Une rapide prédiction : après avoir fini ce livre, vous passerez dix minutes à regarder dans le vide, puis une heure sur Wikipédia à réaliser que si, vraiment, l’histoire regorge d’horreurs dont vous n’avez pas forcément entendu parler.

Cette nouvelle a un principe simple : deux ingénieurs réussissent à inventer une machine permettant de remonter le fil de l’histoire afin d’assister à nouveau à des scènes historiques passées. Une fois et une fois seulement, après quoi l’histoire s’efface et ne peut plus jamais être consultée à nouveau.

Seulement, avec Ken Liu, ce qui aurait put être au final qu’un simple roman de SF sur des voyages temporels devient une œuvre profonde questionnant la mémoire, sa légitimité politique et ce qu’elle recèle de devoir et de valeurs. Encore plus brillants, dans le peu de pages de ce roman, ses personnages réussissent à avoir chacun une identité et des motivations propres, et ne se laissent pas écraser par le poids du propos.

Un gigantesque roman, si ce n’est par la taille, mais en tout cas par la portée.

1 – Premier Contact – Denis Villeneuve

387734Je n’avais avant de voir Premier Contact encore rien vu de Denis Villeneuve, ce qui est probablement un peu honteux au regard de l’acclamation critique de pas mal de ses films. C’était donc avec la sortie de celui-ci l’occasion de se rattraper, et c’est peu dire que je n’ai pas été déçu.

Le pitch est simple : les extraterrestres débarquent. Leurs motivations sont inconnues, ils ne semblent pas chercher à vouloir interagir avec nous et se contentent d’attendre dans leurs vaisseaux.

Tout le génie du film est alors de poser les questions dans le bon ordre : à savoir non pas comment réagir à une menace, mais comment réussir à la comprendre, et donc à créer un dialogue.

Villeneuve réussit ici un incroyable tour de force : les images sont sublimes et il possède un réel sens pour donner à voir le gigantesque et « L’autre ». Le propos est subtil et complexe – il s’agit d’un film dont le personnage principal est un linguiste – et pourtant d’une grande clarté. Surtout, le film possède un rythme puissant, en parfaite cohérence dans sa progression avec sa logique interne, d’autant que – sans spoiler – il doit faire avec une narration complexe, qui multiplie les allez-retour.

J’en suis sorti absolument retourné, tant par l’ambition du film que par sa puissance émotionnelle. D’ailleurs, je n’en suis pas sorti tout de suite, puisque j’ai passé la totalité des crédits du film assis dans mon siège, en train de vivre pleinement l’impact de ce à quoi je venais d’assister.

Enfin, voir dans un film hollywoodien à grand budget que le personnage principal est une femme, dont le rôle n’est pas d’être sexualisé (même si je reste fou amoureux de Amy Adams), linguiste, et qui est prise au sérieux par tout le monde, est un vrai bonus supplémentaire, au passage.

En conclusion, c’était une très belle année 2016 – ne serait-ce d’ailleurs que parce qu’elle ne m’inspire pas l’envie d’écrire un flop – et j’aurai pu ici parler de bien d’autres coup de cœur. L’exposition Chtchoukine, le M83, Tyranny, le Naive New Beaters, sont en effet des candidats malheureux à ce top, évincé pour cause de surplus de bonnes choses. En espérant que l’année  2017 soit porteuses d’autant de belles choses (Et d’un peu moins de décès), je vous félicite en tout cas d’avoir survécu à ce pavé.

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