Le Pinto-mètre : De l’adaptation des jeux de sociétés sur tablette

Dans la grande quête de l’argument précis me permettant de décider si oui ou non, ce jeu vidéo vaut la peine d’être acheté, j’ai traversé bien des phases.

Qu’en est-il de sa jouabilité ? Est-ce que je fais confiance au studio qui le produit ? Est-ce que j’aurai une petite larme de fierté à l’œil quand, le voyant dans ma bibliothèque Steam, je me dirais que j’ai offert un honnête denier à une équipe de développeurs méritants ?someone

Autant de questions difficiles, qui s’effacèrent soudain devant la puissance conceptuelle d’un outil emprunté à un collègue dont nous tairons le nom (mais pas le prénom, qui se trouve être Julien*). Bref, un outil révolutionnaire donc… le Pinto-mètre. Que se cache-t-il derrière ce nom barbare ?

Eh bien… Il s’agit d’une simple comparaison, en fait. Une pinte coûtant – avant de vous étrangler derrière votre écran, sachez qu’il s’agit malheureusement du coût parisien – en moyenne 6-7 €, quel est le plaisir que m’apportera ce jeu par rapport à celui que j’aurai eu, prenant autant de pintes que son prix me l’aurai permis? (A venir, un deuxième grand article : comment repenser toute une politique documentaire en convertissant la volumétrie en litres de cidre).

Et c’est ainsi armé de cet outil fulgurant que je vais m’attaquer à la présentation de trois adaptations de jeux de société sur tablette qui réussissent tous à mes yeux admirablement le Pinto-mètre.

Patchwork : 2,99 €

Déjà une heureuse découverte de l’année 2016 dans sa version cartonnée, le jeu s’exporte extrêmement bien dans sa version numérique – d’autant plus si, comme moi, vous avez un chat qui prend comme une offense personnelle le fait de disposer des pièces côtes à côtes. patchwork

Résumons le principe : vous devez réaliser le patchwork parfait, en cousant ensemble des pièces de tissu aux formes qui rappelleront les nuits les plus acharnées sur Tetris. Le principe est simpliste, mais acquérir la pièce parfaite qui permettra de remplir habilement son plateau de jeu requiert souvent beaucoup de planification – et de fourberie.

Fait pour être joué à deux, une partie se joue en environ 30 minutes, et, si le principe est toujours le même, offrira des parties très différentes à mesure qu’on le rejoue.

Grand coup de cœur, il l’est d’autant plus quand il ne coûte au final que le prix d’un maigre demi, ce qui lui offre un 8.5/10 au Pinto-Mètre.

Smallworld 2 : 6,99 €

Si vous êtes un peu amateur de jeux de plateau, le nom vous fera automatiquement tiquer, puisqu’il s’agit ici d’un des grands classiques du genre. Déjà édité en version numérique auparavant, il s’agit ici d’une version spécialement pour tablette, particulièrement léchée et ergonomique.

Pour les néophytes, il s’agit ici d’un jeu de stratégie et de conquête très simplifié, dans un monde reprenant les codes de la fantasy. Idée particulièrement innovante : chaque joueur choisit un peuple possédant ses talents propres, et l’associe à une tuile de compétences, offrant un deuxième set de capacités au peuple. Ce système d’association permet une grande re-jouabilité, puisque jouer « Les hommes rats marchants » n’aura rien à voir avec le fait de jouer « Les hommes rats des cavernes ».smallworld5

A 6,99 €, on est pile à une Pinte – hasard ? Je ne pense pas – pour un résultat de très belle facture. Le jeu peut se jouer en multijoueurs jusqu’à 5, aussi bien en local que sur internet, et permet de jouer des parties rapides contre l’ordinateur, avec une Intelligence Artificielle pas trop stupide (mais un peu quand même).

Seul bémol : les extensions sont nombreuses et  coûtent chacune dans les 2 €-3 €, faisant assez rapidement exploser le Pinto-mètre. On décernera tout de même un 8/10 bien mérité.

Une réserve toutefois : jouer à ce jeu avec un ami donne le risque de perdre 400 €, après que sa tablette se soit faite exploser contre un mur si jamais vous tentiez des associations comme les « Sorciers Volants », par exemple. (Et, honnêtement, ce serait mérité) !

Pathfinder Adventures : de 0 € à … beaucoup. Beaucoup trop.

Vous connaissez peut-être le jeu de rôle Pathfinder ? Il ne s’agit pas ici d’une déclinaison en jeu de société de ses règles, mais d’un jeu de cartes à part entière, offrant des dizaines d’heures de jeu à travers ses nombreuses extensions.

Sa déclinaison sur tablette date d’un peu moins d’un an et est faite par l’excellent studio Obsidian, auteur de jeu excellent comme South Park : The Stick of Truth, la série des Neverwinter ou encore le magique Pillars of Eternity. Soyons franc : Il s’agissait d’une gageure, tant le jeu regorge de règles complexes, et que réussir une adaptation fidèle semblait très malaisée… Et nous y reviendrons.

Le principe de jeu est à la fois simple et incroyablement profond : il s’agit pour une équipe d’aventuriers, allant jusqu’à 6 joueurs, de réussir, en coopération, à traquer et à éliminer un ennemi à travers différents niveaux, en en profitant au passage pour récolter butins et sortilèges permettant d’améliorer son personnage. Bref, l’affaire est très classique, mais terriblement efficace.

pathfinder

Le système de jeu est en effet difficile et s’adresse principalement à des joueurs ayant envie de s’investir dans la durée, à un jeu exigeant mais extrêmement satisfaisant une fois maîtrisé. Il fonctionne sur un système de « Campagne », avec une progression des personnages et une continuité dans l’aventure, permettant aisément une cinquantaine d’heures de jeu. Et probablement beaucoup plus pour boucler le scénario.

La version physique était à mes yeux déjà extrêmement réussie, mais rencontrait deux écueils certains : son prix qui avoisinait aisément les 120 € pour acheter la boîte principale et les scénarios complémentaires, et le temps de mise en place, où pour une partie de 1H30, on pouvait aisément passer 30 minutes à préparer le jeu et à ordonner les cartes.

La version numérique répond assez bien à ces deux problématiques. Le jeu se veut être un free to play, mais vous incitera tout de même fortement à vous délester de 25 € pour en débloquer la quasi totalité des fonctionnalités d’un seul coup, et vous permettra par la suite de continuer à dépenser des sous pour débloquer des cartes bonus, qui n’étaient pas présentes dans le jeu originel.

Cependant, elle n’est pas exempte de défaut. Le jeu s’offre parfois des crash assez monumentaux avec des fonctionnalités très mal gérées – je pense à toi, capacité de soin du clerc – voire des disparitions dans les sauvegardes, choses qui font toujours éminemment plaisir sur des jeux avec autant de durée de vie. A noter aussi : le jeu n’est toujours pas complet, et Obsidian accumule malheureusement les retards quand il s’agit d’en livrer la version finale.

Avec ses 25 € approximatifs, soit un bon 4 pintes, on décernera un petit 7/10, avec la mention « Très bonne idée, mais rendu encore hésitant ».

Ainsi s’achève cette première édition du Pinto-Métre, en espérant que ce nouvel outil soit aussi révolutionnaire pour vous qu’il le fut pour moi.

*EDIT de l’intéressé : la paternité du concept de pinto-mètre vient de Manuel Bedouet, et on en avait déjà parlé ici. L’occasion aussi de dire que nous sommes ravis de recevoir à nouveau Manuel, accompagné de Vivien Féasson, de Jean-Luc André d’Asciano et de Julien Delorme le samedi 26 novembre à 18h !

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