J’aurais voulu être Indiana Jones mais à la place j’ai fait bibliothécaire …

 

[Spoiler Alert] Cet article repose sur de la nostalgie bidon, des adages surannés, et du sentimentalisme poisseux. MAIS il vous permettra de mieux connaître un vrai bibliothécaire (ça peut servir en soirée) et de déconstruire un mythe récurrent : non, bibliothécaire ce n’est pas une vocation.

Lorsque j’ai eu 8 ans mes parents m’ont fait voir Les Aventuriers de l’arche perdue. Et ça a changé ma vie. Bon j’avais 8 ans alors ma vie à ce moment-là c’était plutôt : cool des Lego … oh une pizza, miam … cool des Lego … oh et puis je voudrais être astronaute et aller dans l’espace … mais elle est trop bien cette fusée en Lego … tiens et si j’allais jouer au ping pong …

(Bon ma vie n’a pas beaucoup changé en fait. Sauf pour l’espace.)

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Oui voilà. Le premier qui rigole se prend une tarte…

J’étais un petit garçon à lunettes, un peu trop introverti, un peu trop rêveur, j’aimerais dire que j’étais plongé dans les bouquins, mais ça c’était plus tard. Mais je rêvais de grandes aventures, de périls mortels, d’ennemis ridicules et de voyages de par le monde. Quand j’ai posé les yeux pour la première fois sur Indiana Jones, je me suis dit : « Hey mais ça c’est la vraie vie que je veux ! ». Je voulais explorer des terres inconnues, trouver des trésors maudits, me battre avec des serpents géants, avoir une répartie de bonhomme … Le tout bien évidemment avec un chapeau classe et un fouet.

Je me suis mis à aimer les cours d’histoire parce que j’avais compris que c’était ça qu’il fallait pour devenir enfin ce héros testostéroné que j’incarnais dans mes rêves. Et plus j’en ai appris sur l’archéologie et sur les archéologues (et donc plus je me suis aperçu que ça ne correspondait pas du tout à Indiana Jones, enfin presque pas …), plus j’ai eu envie de faire ça de ma vie de grand.

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Là j’ai 16 ans. Même punition.

 J’ai eu 14 ans. Oui oui. Je ne reviendrai pas en détail sur ce qui me passait par la tête à l’époque, vous avez eu vous aussi 14 ans et vous savez parfaitement de quoi il retourne. Mais à 14 ans on commence à avoir cette légère pression de la famille, de l’école, de la société toute entière : « Mais qu’est-ce que tu veux faire plus tard ? ». Cette question horrible, incessante, ridiculement présente à chaque moment de ta vie publique, me mettait dans un état de fébrilité avancé. Non, parce que je savais ce que voulais être (un mec cool avec un chapeau et un fouet si vous avez suivi), mais pas du tout ce que je voulais faire. Ni même comment y parvenir. C’est ce moment pivot où tes rêves doivent absolument se concrétiser en un parcours scolaire, une formation sérieuse, un plan de carrière chiffré pour pouvoir anticiper sereinement l’entrée dans le marché du travail et plus loin la retraite. (Ne vous moquez pas, je suis né en 1983, pour moi le plein emploi c’est de la science-fiction et le chômage a eu autant de poids dans mon subconscient que le SIDA).

J’ai rencontré des archéologues, des gens passionnés et passionnants, j’ai fait des stages de fouilles archéologiques dans la région Centre (et si vous ne savez pas où envoyer vos enfants pour les vacances, je ne saurais trop vous conseiller cette option). J’ai découvert tout un pan de la Vie qui m’étais alors inconnu : la collectivité. Travailler avec les autres, vivre au quotidien avec les autres, faire la fête avec les autres, apprendre et grandir grâce aux autres.

Vous êtes en train de vous dire : « Il est sympa ton article mec, mais là je sais pas trop où tu vas et dans le titre y’a bibliothécaire quand même donc : viens-en au fait ! ». Vous n’avez pas tort. Mais F*** off et continuez.

Pourquoi c’est important cette découverte des autres, de l’engagement (spoiler alert, c’est aussi à ce moment-là que j’ai commencé à voir poindre l’embryon d’une conscience politique), du truc qui fait que globalement on a envie de se lever le matin ? Parce que c’est aussi ce qui a commencé à saper ma détermination à vouloir devenir Indiana Jones. J’ai commencé des études d’archéo, j’ai bûché pour y arriver. Mais à un moment la question s’est posée. Toujours la même : « Qu’est-ce que tu vas bien pouvoir faire tous les jours pendant 38 ans ? » (à cette époque c’était à peu près la durée de cotisation légale avant retraite).

Et pour la première fois je me suis dit : pas archéologue.

Vous la sentez la joie de vivre là ? (désolé)

J’ai pris du temps pour comprendre ça. Parce qu’il faut du temps aussi pour se connaître, et dans mon cas savoir que mon envie première c’était de rencontrer des gens. Vivants de préférence, ce qui limite quelque peu l’intérêt de l’archéologie en la matière. De discuter, d’échanger, de construire des trucs ensemble. J’aimais lire (j’ai commencé vers 10 ans mais on y reviendra à un autre moment). Et j’avais de bons souvenirs liés aux bibliothèques que j’avais fréquenté.

Alors voilà : bibliothécaire.

oui alors pas CE type de bibliothécaire non plus …

Une fois cette décision prise je suis passé par les affres de tout étudiant en « métier du livre » (oui oui, on est en 2016 et ça s’appelle toujours comme ça les formations des bibliothécaires, incroyable, non ?) : apprendre des trucs dont tu sais pertinemment qu’ils ne vont te servir à rien, pas même à développer ta culture générale, découvrir des trucs dont tu ne soupçonnais même pas l’existence, confronter ta vision stéréotypée et sclérosée à la réalité de professionnels venus de tous les horizons (oui j’embellis un peu…). Et à la fin tu passes un concours (beark), tu l’as (youpi) et tu commences à travailler pour de vrai. Dans le vrai monde, celui de la fiche de paie, celui qui te dit que fonctionnaire c’est la sécurité de l’emploi (et bim pour mes névroses d’enfant de la crise), celui qui te dit aussi « Tu sais tous les trucs que tu t’es forcé à apprendre pendant des années, les machins dont on t’a certifié-juré-craché qu’ils te serviraient pour ton travail, ben en fait, tu les prends, tu les roules en boule et puis tu les mets … là-bas ». Désœuvrement et micro-dépression plus tard il se passe ce qui doit se passer dans toute bonne histoire (non le héros ne meurt pas, on n’est pas dans Game of Thrones) : une prise de conscience, un rebondissement qui change le héros et apporte du sens au récit.

Et donc paf Louise Michel.

Attention, ne vous méprenez pas sur ce récit. Je ne suis pas en train de larmoyer en disant que bibliothécaire c’est pas un métier passion (j’ai des collègues qui ont toujours voulu faire ça … #weirdo). Ce que je dis c’est que pour moi bibliothécaire ce n’est pas une vocation, c’est bien plus fort que ça : c’est une construction (je passe la blague sur les Lego du coup), un choix qui exprime un regard sur le monde, une volonté forte et affirmée de participer à la marche globale. Et j’adore mon métier.

Voilà.

Voilà comment on passe en quelques années de Indiana Jones à Rupert Giles dans Buffy contre les vampires. Parce que au final c’est ça être bibliothécaire.

ouh là là.
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10 réflexions sur “J’aurais voulu être Indiana Jones mais à la place j’ai fait bibliothécaire …

  1. Chouette article. J’apprécie l’idée présentée de la « construction » personnelle et subjective menant à votre métier, mettant à mal le mythe du métier vocation, auquel on serait prédestiné par essence. Bien souvent le suremploi du qualificatif de « métier passion » ou de vocation pour un métier tant à le déprofessionnaliser (valable aussi pour le métier de prof) et à faire taire le travail réel à l’œuvre, les compétences déployées dans l’activité, les difficultés rencontrées, les ressources mobilisées pour les dépasser…

    Aimé par 1 personne

  2. tu écris que « le chomage a eu autant de poids dans mon subconscient que le SIDA » : car tu penses savoir ce qui pèses dans ton subconsient… c’est de la PURE SCIENCE FICTION

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    1. Bonjour Christel, merci de ton commentaire (on se tutoie si ça te va). Alors je vais essayer de trouver les mots justes pour exprimer le fond de ma pensée. L’article que tu viens de lire et pour lequel tu as pris le temps d’écrire un commentaire (merci au passage ça va améliorer son score de référencèrent !) est un témoignage tout à fait personnel, reposant sur du bon vieux ressenti, sur des expériences de ma vraie vie à moi, et sur les réflexions qui sont nées de ces expériences dans mon esprit. Et une tentative modeste de communiquer ces émotions à celles et ceux qui le lisent. Visiblement ça n’a pas bien fonctionné avec toi. J’en suis désolé. Ceci étant dit je me permets de te corriger un peu : a priori, pour moi, parvenir à savoir ce qui traverse mon esprit et en déduire 2-3 trucs n’est pas de la science-fiction. Si je me permets de l’écrire ici c’est que c’est une réalité assez concrète pour me donner la légitimité de la partager. Je rappelle à toute fin utile qu’il s’agit de mon ressenti. A moi. Pas d’une dissertation d’histoire contemporaine de L1. Et donc oui le concept de chômage (finalement bien plus que sa réalité que je maîtrisais assez mal) a eu un impact sur ma représentation du monde et mes choix de vie. Et cet impact est tout à fait comparable avec celui du concept du SIDA (encore une fois bien plus que sa réalité pour l’enfant et l’adolescent que j’étais). Durant mon enfance j’ai souvenir de l’omniprésence de cette maladie. Dans les canaux d’information, dans la fiction, dans les discussions … un marqueur important donc. Et que je peux analyser maintenant alors qu’il m’échappait complètement à l’époque.
      Voilà pour mon subconscient.

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