L’Etrange de Jérôme Ruillier

Comment insuffler un peu de poésie dans tout ce marasme ?

C’est ce que parvient à faire Jérôme Ruillier, avec « L’étrange », son troisième album pour adultes (sinon il écrit aussi pas mal pour la jeunesse), poursuivant son désir de rendre compte d’une réalité cachée, où des invisibles souffrent et survivent tant bien que mal. Mais aussi raconter comment cela nous révèle, nous, spectateurs d’un monde qui s’effrite et qui peine à trouver  la place pour accueillir ceux qui frappent à nos portes, faute d’autres choix.

Dans « Les Mohamed« , chronique sociale réaliste adaptée du livre « Mémoires d’immigrés » de Yamina Benguigui, il s’intéressait déjà aux questions autour de l’immigration, témoignage des difficultés d’intégration, notamment dans le monde du travail.

etrange 2Ici le regard se porte sur un clandestin. Comme un carnet de bord de son arrivée, avec des citations de politiques à l’appui, il permet de rendre compte de la réalité et du quotidien d’un « étrange », pour ne pas dire « étranger », pour décaler la définition : le héros n’est plus simplement celui qui vient d’un autre pays, l’accent est mis sur sa différence, de culture d’habitudes, mais nous le regardons comme « hors norme », oubliant de se mettre à sa place, de réfléchir au contexte de son exil obligé.

Extrêmement bien ficelé, le récit nous plonge parfois dans l’effroi, l’absurde, on a du mal à imaginer une telle réalité, mais nous sommes pourtant bien ici et maintenant.

Le graphisme évoque « Maus » de Spiegelman, avec son choix de l’anthropomorphisme qui permet de mieux dénoncer, accentuant doucement l’effet recherché, mais aussi avec cette façon singulière de traiter un sujet éminemment politique et grave, sans oublier pour autant la possibilité d’une dimension littéraire et allégorique qui permet une distanciation.

ETRANGE

Un album brillant, d’une grande délicatesse, aux échos tragiques au sens classique du terme : une corneille qui commente et regarde cet ours au regard triste, qui s’attache à lui et l’accompagne, sans jamais pouvoir intervenir dans l’histoire, impuissante, à la manière du chœur des tragédies antiques.

« Je reste persuadé que les idées négatives se nourrissent de notre ignorance, laissant ainsi le terrain libre aux clichés les plus absurdes; la différence fait toujours peur, que nous parlions handicap ou racisme, le problème reste entier. La différence est le vrai sujet du livre, c’est ce qui m’intéresse, et l’amélioration de nos vies passera par l’amélioration des liens qui nous unissent, j’en reste persuadé. Mais nous n’en prenons vraiment pas le chemin!… Le racisme et l’antisémitisme n’ont jamais vraiment disparu, on rejette les Roms depuis des siècles, les sans-papiers depuis quelques années et maintenant on assiste à la montée de l’islamophobie. C’est très décourageant… » Jérôme Ruiller

Vous pourrez retrouver cette BD dans les rayons de la bibliothèque très bientôt !

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