John Oliver – l’impertinence au service de l’information

J’invite tous ceux qui pensent lire ici une biographie de John Oliver, homme politique canadien né le 31 juillet 1856 à passer leur chemin, car cet article a pour sujet son non moins célèbre homonyme (John Oliver était sûrement célèbre aux yeux des paysans de la Colombie-Britannique au XIXe siècle) John William Oliver, comédien britannique originaire de Birmingham!

Le vrai John Oliver (pas le canadien mort au XIXe siècle)

Le vrai John Oliver (pas le canadien mort au XIXe siècle)

Ceux qui me lisent sont donc déjà perdus et se demandent « mais qui est donc ce « je » qui nous harangue à coup de John Oliver? Déjà il ne peut y avoir qu’un John, notre Johnny national (je parle ici de l’homme primé aux Oscars pour son rôle dans Optic 2000 mon amour) et ensuite que peut m’apporter cet énergumène qui ressemble drôlement à Harry Potter? »

Pour des raisons de sécurité nationale, mon identité doit rester secrète, mais sachez qu’il m’arrive d’errer dans les couloirs de Louise Michel à mes heures perdues, afin de dispenser le peu de savoir dont je dispose. En réalité tout cela est beaucoup moins sexy que ça en a l’air. J’effectue ici un Service Civique (Allons enfants de la patriiiiie) dans le cadre d’une mission d’alphabétisation et d’aide aux devoirs.

En ce qui concerne ce cher John, je vous assure qu’il peut vous apporter beaucoup. Certes, il vit de l’autre coté de l’Atlantique. Certes, il s’exprime dans la langue de la Perfide Albion et tout le monde ne peut donc le suivre. Mais croyez-moi, ce brun ténébreux à lunettes (je m’emporte) constitue à lui seul une révolution dans l’univers des Late Show américains.

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Mon totem

Ma première rencontre avec John date de l’époque où il travaillait encore au Daily Show with Jon Stewart, le grand satiriste de la vie politique américaine du XXIe siècle, le fabuleux Jon Stewart, celui que les Américains veulent voir comme modérateur du débat de la présidentielle de 2016 (autant dire que David Pujadas à côté c’est Popeye dans les Bronzés), un Mark Twain des temps modernes et mentor de John Oliver. Le Daily Show est donc un vrai-faux journal télévisé (un modèle dont s’est inspiré le Petit Journal de Yann Barthès) mais dont la volonté était de réellement informer ses téléspectateurs, notamment en dénonçant les excès (et stupidités) des médias américains (comme la chaîne d’information Fox News)

Un peu de bon sens dans ce monde de brutes

Un peu de bon sens dans ce monde de brutes

Informer donc, mais en s’amusant, contrairement à ce que pourraient faire de « vrais » journalistes. Et c’est dans cette verve que s’inscrit la démarche de Last Week Tonight, l’émission animée par John Oliver depuis 2014 sur la chaîne câblée HBO (vous savez, cette petite PME connue pour avoir produit une série sur les dragons et l’inceste).

Le décor est planté, le personnage peut monter sur scène et vous déclamer son texte. Car arrivés à ce stade de l’article (si vous n’avez pas renoncé entre-temps) vous vous dites sûrement : « c’est bien joli toute cette histoire de la satire politique aux Etats-Unis, mais de quoi parle Emmett Brickowoski? ».
De tout mes chers amis. De tout. John Oliver n’a pas peur d’aborder des thèmes polémiques qui divisent fortement la société américaine comme l’avortement ou la peine de mort. Et si ses vidéos culminent à plus de huit millions de vues sur Youtube en moyenne ce n’est pas par hasard. Plutôt que d’aborder rapidement le sujet, John et l’équipe de Last Week Tonight ont fait le choix de consacrer une vingtaine de minutes environ à un sujet précis, sur lequel ils enquêtent (comme de véritables journalistes) et qu’ils présentent de façon claire et argumentée.
Et si cela peut paraître rasoir de prime abord, n’oubliez pas ce que je vous ai dit plus tôt! La démarche d’Oliver s’inscrit dans un héritage, celui de la satire politique. Traduction : c’est terriblement drôle. La grande force du Britannique est de se présenter comme un comédien (c’est son métier après tout) et non pas un journaliste d’investigation. Il cherche à illustrer les absurdités d’une société où chacun cherche à imposer son point de vue de façon plus ou moins violente, et choisit comme arme l’humour. L’effet est garanti.

 

 

Par exemple si je vous parle de la neutralité du net, je parie que se réveille en vous une envie de fuir très loin. Au moins à Troyes. Et de rester cacher là-bas. Ou comme le dit John « je préférerais lire un livre de Thomas Friedman plutôt que d’en entendre parler, je préférerais m’asseoir avec ma nièce et regarder Caillou, un dessin animé sur la vie d’un enfant canadien chauve à qui il n’arrive absolument rien. »

Caillou, héros malgré lui de Last Week Tonight

Caillou, héros malgré lui de Last Week Tonight

Mais comme il le signale par la suite, « la neutralité sur le net est un enjeu très important. Concrètement, cela signifie que toutes les données sont traitées de façon égale, peu importe qui les créent. C’est pourquoi le monde d’internet est un grand terrain de jeu et c’est comme cela que des start-ups ont pu devancer des grandes marques de l’establishment. C’est comme cela que Facebook a supplanté MySpace, qui avait supplanté Friendster qui avait déjà supplanté le fait d’avoir des amis. Vous vous souvenez de l’amitié avec de vraies personnes en face de vous? C’était atroce, vous ne pouviez pas taper sur la tête des gens pour les faire partir ».

Un sujet de société en somme très sérieux et qui nous concerne tous (vous êtes actuellement sur internet) et qui paraitrait vraiment ennuyeux à n’importe qui s’il n’était pas traité sur le ton de l’humour. Or l’impact d’Oliver est réel, puisqu’il lance un appel aux trolls d’internet à la fin de cette vidéo, les exhortant à délivrer leur haine sur le site de la FFC, et cela fonctionne : le site a connu un bug monumental.

Petit message d'amour à la FFC "Ooops il semble que l'ont ait crashé le site de la FFC, j'espère que vous êtes fiers de vous"

Petit message d’amour à la FFC « Ooops il semble que vous ayez crashé le site de la FFC, j’espère que vous êtes fiers de vous »

Je t'aime bien, mais...

Je t’aime bien, mais…

Pouvez-vous imaginer une émission de divertissement partir en guerre contre le CSA au nom de la liberté sur internet? Et tout cela en réussissant à vous faire rire et à vous faire découvrir Caillou (comment ne pas succomber au charme de ce crâne chauve)? Et à ceux qui me rétorquent que cette émission existe déjà en France et qu’elle est diffusée à partir de 20h10 sur Canal + du lundi au vendredi je répondrai un « gnnnn ce n’est pas tout à fait la même chose ».

L’impertinence d’Oliver diffère à mon sens de celle d’un Yann Barthès par exemple, en ce qu’elle ne s’attaque pas qu’aux dérapages de représentants politiques ou de la vie civile, mais en ce qu’elle oblige la société américaine à affronter ses contradictions (aussi diverses soient-elles) et son hypocrisie manifeste. Y compris l’hypocrisie de l’axe politique que défend Oliver, celui des libéraux (qui correspondrait à la gauche en France). Ce que n’arrive pas à faire (ou ne souhaite pas?) le Petit Journal, précisément parce qu’exceptés les sketchs d’Eric et Quentin ou d’Alex Lutz et Bruno Sanchez, la rédaction est composée de journalistes, là où l’équipe d’Oliver s’appuie sur des auteurs et comédiens. Or, cette liberté de ton propre à l’exercice de la satire me parait plus efficace pour dénoncer les excès et dérapage d’une société.

Je côtoie cet humoriste depuis quelques années maintenant et mon avis ne peut être parfaitement objectif à son sujet (je rappelle que j’ai un badge sur mon effigie sur mon sac à dos. Hello à tous les stalkeurs) mais je ne pense pas être la seule personne sensible à l’impertinence de John Oliver et à ce qu’il a pu (peut et pourra) apporter au paysage politique américain (et mondial!) dans son exercice critique. Mon ultime conseil sera donc de vous inviter fortement à aller voir ses vidéos sur YouTube (il suffit de taper Last Week Tonight dans le moteur de recherche et c’est la première chaîne qui s’affiche) d’abord pour rire et ensuite pour vous souvenir que les démocraties que nous défendons à cors et à cris ne sont pas exemptes de défauts substantiels. Le rire cristallin (et ironique) de ce  cher Britannique peut constituer une piqûre de rappel…

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3 réflexions au sujet de « John Oliver – l’impertinence au service de l’information »

  1. Ping : Le coup 2 pouce s’en va | Louise et les canards sauvages

  2. Ping : Co-responsabilité et petits poneys … L’organisation à la bibliothèque Louise Michel | Louise et les canards sauvages

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