Consumés – le premier roman de David Cronenberg

Ici la parole est libre, les habitués sont invités à participer au blog !
Cette fois, un de nos lecteurs vous présente son coup de coeur pour le premier roman de David Cronenberg…

Édité en 2008, ce premier roman du cinéaste canadien paraît, (bien) traduit en français par Clélia Laventure, seulement cette année ! Ce délai est d’autant plus étonnant que ce livre incandescent, fort bien écrit, restitue le style narratif commun aux films de Cronenberg. Ce que l’on pouvait discerner dans son cinéma, comme écriture précise et insolite, se révèle admirablement dans cet ouvrage.

9782070123704,0-3014419Il est à la fois érudit — les références précises aux philosophes français, aux techniques optiques et numériques, à  la pathologie sont impressionnantes — et cocasse, intelligent et sans forfanterie, policier et philosophique, sérieux dans les questions qu’il ouvre et drôle dans leurs abords. Il mêle, en un heureux mélange, inventions et références authentiques.

Le récit se passe en partie à Paris (mais aussi à Budapest, Toronto, Tokyo et en Corée du Nord) et deux des protagonistes sont un couple de philosophes français qui théorise le consumérisme et le pratique, et entend le subvertir sexuellement. L’auteur part d’un crime cannibalique qui touche la philosophe Celestine Arosteguy, pour nous mener, avec beaucoup d’humour et de truculence, vers les questions de l’apotémnophilie, de l’avidité sensationnaliste des nouveaux journalistes de l’image (que sont l’autre couple du roman Naomi et Nathan), de la fascination médiatique et du ridicule des autorités françaises (déjà!), des errements conjoints des scoops et des couples…

Car tout le roman est construit autour de la composition et dé/recomposition des couples (chirurgien/patiente, hétéro, homo, père/fille…). On y croise au passage des chirurgiens/médecins louches, l’ouvrage classique sur la schizophrénie le « Schizo et les langues », le plus vieil acteur porno japonais, les imprimantes 3D, le syndrome de Capgras, la pixélisation des images, Kim Jong-un, l’étrange maladie de Roiphe, Michel Foucault, le passeport russe de Depardieu, la reproduction en STL de l’érection et la maladie de Lapeyronie, Freud, les logiciels du Mac, …

Cronenberg porte à une puissance inédite les mondes étranges que sillonnait déjà son œuvre cinématographique.

David Cronenberg portraitOn y retrouve les thématiques chères au réalisateur que cela soit l’image (inconsciente) du corps — commun à tous ses films—, les pratiques extrêmes de la chirurgie (Faux-semblants…) et médico-sexuelles du corps (Crash), les questions du double et de l’identité (Faux-semblants…) et les transformations corporelles (La mouche…), la fascination pour la psychopathologie, la psychanalyse et ses ressorts (Chromosome 3, A Dangerous Method), les mystères psychiques (Dead Zone), le regard comico-critique sur notre monde contemporain et ses travers (Cosmopolis, Map to the stars…) et en particulier sur les technologies et les manipulations qu’elles engendrent (ScannereXistenz)…

Le morbide et le « gore » sont vites balayés par le ton drôle et décalé du récit.

Bref, un livre qui ravira les amateurs de Cronenberg et qui permettra aux autres de découvrir une écriture singulière et un des grands artistes contemporains. (Et que vous pouvez emprunter à la bibliothèque !)

C.A.

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