Melvil et moi : rapport d’étonnement 2

Melvil et moi : la fin d’une histoire d’amour ?

Au cas où certains non-bibliothécaires se mettraient en tête de lire un article avec un titre pareil, je tiens à rappeler que le Melvil dont il va être question dans ce deuxième rapport d’étonnement est Melvil Dewey inventeur, en 1876, d’un classement décimal visant à ranger tout le fonds documentaire d’une bibliothèque, qu’on appelle, pour faire court, « La Dewey ».

Quand on arrive sur un nouveau lieu de travail, il y a toujours ces grands moments de solitude où tout le monde parle de choses qui vous échappent complètement. Quand j’ai posé des questions et qu’on m’a répondu « tu trouveras ça dans le drive », j’ai réussi à m’en sortir à peu près (à peu près, car j’ai trouvé le drive mais pas forcément les réponses à mes questions !) mais quand j’ai assisté à des conversations du type « tu serais d’accord pour qu’on passe ces doc en turquoise » ou encore « on en est à combien pour les jaunes? », alors là, je dois avouer, j’étais complètement perdue !

ill. Gotlib

ill. Gotlib

Pourtant, en arrivant à la bibliothèque Louise Michel, on remarque presque tout de suite (quand on est bibliothécaire, car les « vrais » gens, eux, ne le remarquent surement pas) qu’il n’y a pas de livres indexés, rangés, à partir de la Dewey.

Mais pourquoi ce choix, allez-vous me dire ?

Peut-être parce que dans la classification Dewey, il y a 10 classes, 100 divisions, 1000 sections …

Dewey… donc un infini de possibilités pour ranger un livre … et comme, malgré tout, le classement reste avant tout une question de point de vue … un même livre peut avoir jusqu’à 1254789559 indexations différentes ! Et c’est là que le bât blesse, au-delà du fait qu’on n’est plus en 1876 et que la vision du monde de Melvil, de son côté de l’Atlantique n’est plus la même que celle d’un.e bibliothécaire du XXe arrondissement de Paris au XXIe siècle (que les puristes s’épargnent des réflexions désobligeantes, je sais qu’il existe un abrégé mis à jour), c’est un brin compliqué de s’y repérer quand on ne fait pas partie du sérail.

Mais alors comment sont rangés les livres ici ?

par couleurs ?

rangement couleuroui en quelque sorte, mais pas par couleur de livres …. je vous explique :

à chaque grand domaine de la connaissance est attribué une couleur ; ils sont divisés en sous-thématiques indiquées en haut du livre par leurs 3 premières lettres :

Pêle mêle étiquettes

Vert : Nature

Jaune : Pays et voyages

Marron : Santé et bien être

Rouge : Sciences et techniques

Bleu : Pensée et spiritualitéetiquettes class

Orange : Vie en société

Turquoise : Les âges de la vie

Rose : Loisirs et sport

Gris : Langues et littérature

Violet : Arts et spectacle

documentaires Ensuite sur le dos de chaque livre, plutôt qu’une série de chiffre du genre 599.63, on va lire en clair, dans le rayon vert Nature, ANI (pour animaux) puis « hippopotame » ou à la place du 936.4 dans le rayon jaune Histoire « Celtes » …

côtes sciencesdocumentaires histoire

 

 

 

 

 

 

 

 

Pour certains, cela pourrait sembler révolutionnaire : déboulonner l’indétrônable Melvil Dewey, le mettre au placard … mais  non, les bibliothèques ont commencé à réfléchir à la simplification du classement, sur tout ou partie de leur fonds documentaire, il y a quelque temps déjà.

Alors, vraiment, la fin d’une histoire d’amour ?

Je fais partie de cette génération de bibliothécaires qui ont suivi des formations à la BNF (Bibliothèque Nationale de France pour les non-initiés) et qui (je dois l’avouer, mais pas trop fort non plus au risque d’être black-listée) se sont éclaté.e.s à tenter de trouver l’indexation la plus pertinente pour un livre intitulé « Histoire des femmes au Vietnam au XIXe siècle » ou encore « Le commerce du chocolat entre l’Amérique du Sud et les États-Unis au début du XXe siècle ». Même si j’ai vite réalisé que dans mon quotidien de bibliothécaire de lecture publique, ces formations n’allaient pas me servir à grand-chose, j’aimais beaucoup l’exercice … et franchement, faire des visites de classes avec ce magnifique toucan

dewey toucanpour expliquer à des enfant de 10 ans le classement en bibliothèque, avait quelque chose de rigolo ! Mais avouons-le, orienter un usager en lui disant « c’est dans les 400, à la côte 458 » peut certes nous donner l’impression d’être un agent secret en mission utilisant un langage secret ou un détenteur du savoir suprême, mais ça n’oriente pas vraiment …

Alors, oui Melvil, c’est la fin d’une histoire d’amour, mais tu resteras un joli souvenir de ma jeunesse de bibliothécaire … et puis comme ton look semble inspiré les hipsters du XXIe, on se re-croisera peut être dans les rayons ou à une terrasse de café !

hipsterMelvil Dewey

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Une réflexion au sujet de « Melvil et moi : rapport d’étonnement 2 »

  1. Ping : Rapport d’étonnement en milieu (très) naturel | Louise et les canards sauvages

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