Jeux vidéo(s) …

Video-games

Ndlr : L’auteur de ces lignes est un mécréant qui joue avec l’orthographe (c’est de saison parait-il) et ose mettre un S à jeux vidéo (alors que chacun sait que la punition pour une telle faute de goût est terrible) … Et en plus c’est peut-être volontaire …

Préambule : Le jeu vidéo c’est bien.

Je vous le dis depuis pas mal de temps, et je ne suis pas le seul, mais il s’agit sans doute de la forme d’expression artistique qui aujourd’hui a le plus de potentiel pour faire bouger les lignes de la narration. Bon.  Quand on a dit ça on n’a pas dit grand-chose. Surtout que le fait de soutenir cette thèse-là (le jeu vidéo c’est génial) implique d’avoir conscience que l’inverse est vrai (le jeu vidéo ça peut être plan-plan, voire complètement naze). On lit un peu partout tous les bienfaits que la pratique vidéoludique apporte à nos vies : ils nous rendent plus intelligents, travaillent à notre motricité, soignent Parkinson, Alzheimer, l’amblyopie, la dépression, les troubles du comportement … Mais attention tout n’est pas pardonné pour autant : il reste les problèmes liés au sexisme (oui oui), aux rapports chelous entre l’industrie et le journalisme spécialisé (oui aussi), à la violence induite par les jeux vidéo qui est responsable de tous les actes terroristes depuis 30 ans (oui … enfin non en fait) …

Je ne vais pas faire avancer le débat d’un millimètre dans ces colonnes, mais je vais vous apporter 2-3 billes pour vos soirées d’hiver, histoire de clouer le bec de tonton qui dit que les jeux vidéo c’est du caca et de mamie qui trouve que quand même c’était mieux avant et que la seule console valable c’est quand même la Vectrex … Donc voilà une petite sélection de jeux qui n’ont pas forcément de lien entre eux, mais qui chacun à sa manière essaie de bousculer les codes, les manières de jouer, les histoires qui nous sont racontées.

Dernière note de préambule : certains sont gratuits, accessibles depuis n’importe quel navigateur (bon soyez sérieux quand même et rangez-moi tout de suite Internet Explorer), ou sur tablette / smartphone, mais d’autres sont payants. Ahhhh Non grand Satan noooooon pas une appli payante !!! 3,99 € pour jouer à un jeu ? Mais vous rigolez ! Pour vous mettre d’accord je vais citer Manuel Bedouet, auteur de jeux de rôles que nous avons eu le plaisir, l’honneur et l’exquise délectation de recevoir à la bibliothèque en janvier dernier : (bon c’est une citation de mémoire alors ce ne sont sans doute pas ses mots… Manuel désolé) « J’ai une théorie à propos de tout ce bullshit sur les jeux payants : ça s’appelle le Pintomètre®. » (Je vous rappelle que l’abus d’alcool est dangereux pour la santé, merci) « Donc le Pintomètre® : tu es prêt à payer 5 euros pour une pinte de bière (en happy hour et dans un quartier pas trop hype), tout ça pour la boire en une demi-heure avec tes potes … Et tu renâcles à payer 2,99 euros pour un jeu qui va t’occuper 3h. Monsieur, vous n’êtes qu’un Jean-Foutre ! ». En gros voilà. Payer quelques euros pour un bon jeu mobile ce n’est pas sale, ça finance des studios de jeu vidéo, ça paie des loyers à des développeurs sans le sou, et ça remplit leurs pintes. Soyez-en fiers.

Et donc c’est parti !

There is no game (KaMiZoTo, 2015 – gratos)

Un jeu créé par KaMiZoTo lors d’une game jam sur le thème Déception.

There is no game est un jeu rare, qui parvient à mêler profondeur et humour, innovation dans le gameplay et maitrise des classiques. Et en plus on en fait le tour en moins de 15 minutes !

Le concept est simple : Il n’y a pas de jeu ! La voix off (très belle performance vocale du créateur à signaler) nous le répète sans cesse, il n’y a pas de jeu. Allez donc glander devant la télé, ou jouer dehors puisqu’il n’y a pas de jeu. Et puis tant qu’à faire ne touchez pas les lettres du titre qui s’affichent à l’écran. Non n’y touchez pas. N’insistez pas ou sinon ils vont venir … Qui ? Vous le saurez en jouant …

A Blind Legend (DOWINO, 2015 – gratos sur Android et iOS)

Lorsque les institutions culturelles se décident à soutenir un jeu, on peut légitimement craindre le pire. Serious games, jeux éducatifs et autres impostures fleurissent ça et là sans apporter quoi que ce soit à qui que ce soit. Mais parfois on est surpris. C’était le cas avec Type:Rider le jeu d’Arte sur la typographie (oui sur le papier c’est bizarre mais en réalité c’est chouette). Et c’est aujourd’hui rebelote avec A Blind Legend, développé par Dowino, boite spécialisée dans le serious game, coproduit par France Culture et financé par crowdfunding. L’idée centrale est de développer un jeu accessible aux non-voyants et aux déficients visuels. Uniquement en audio (nécessitant donc un casque ou des écouteurs) l’histoire du jeu vous y est racontée par les voix de comédiens (mention spéciale au menu du jeu décrit par cette voix inimitable de synthétiseur vocal). Vous y incarnez Edward Blake, chevalier aveugle qui doit partir à l’aventure pour sauver sa femme. Il est aidé de sa fille qui le guide par sa voix. Les commandes du jeu sont tactiles et nécessitent d’être très attentif aux indications vocales, mais aussi aux petits bruitages, aux variations dans la musique… Un système de combat prodigieux sert l’ensemble et au final on est dans quelque chose de vraiment nouveau. Pas tellement dans la narration, l’histoire reste désespérément classique, mais dans l’ADN du jeu lui-même : il y a une autre façon de penser le jeu vidéo. Et ça fait du bien. Imaginez un mix avec Undertale et vous avez LE jeu parfait.

Leon Cool Game (Leon, 2015 – gratos sur Twitter)

Vous connaissez les livres dont vous êtes le héros ? Mais si une histoire qui commence : « Quentin et Céline sont dans un bureau. Si vous voulez que Quentin raconte une histoire de noisette allez à la page 2. Si vous préférez que Céline chante du Booba, allez à la page 3. Si Hélène utilise sa compétence spéciale robe à motifs de biche, allez à la page 4″. Une situation, plusieurs réponses possibles et on cale ses doigts au fur et à mesure entre les pages pour se rappeler de ses choix. On avance dans une histoire qui est forcément géniale puisque les choix sont les nôtres (sans rire je vous conseille de trouver d’occasion la série sur Sherlock Holmes ils m’ont laissé un souvenir génial).

Maintenant on mixe ça avec la plus formidable invention en matière de communication depuis 10 ans. Ou presque. Ou en fait non. Non c’est juste Twitter.

On mélange le tout et on obtient Leon Cool Game ! Un jeu cool qui se joue dans Twitter avec des jolies images animées et des choix cornéliens : est-ce que je préfère caresser le chat, ouvrir le coffre au trésor ou aller aux toilettes… On y trouve aussi un gang de tortues du métro, des cochons loubards et des monstres. Et il y a une fin. Oui oui.

En somme une intéressante interrogation sur ce qu’est un jeu ou ce qu’il n’est pas, très réussie dans sa forme.

UNDERTALE (Toby Fox, 2015 – 9,99 € sur Steam)

Attention les yeux on va parler d’un jeu assez spécial. Un jeu tellement spécial qu’il est considéré par la critique comme le meilleur jeu du monde. Rien de moins. Comment me direz-vous ? Connaissez-vous metacritic ? Il s’agit d’un site qui agrège les tests et critiques de jeux de beaucoup d’organes de presse, spécialisée ou généraliste, aux États-Unis majoritairement mais pas seulement, et qui synthétise les notes reçues en une seule, sur 100. Et ce jeu, développé par une seule personne, à savoir Toby Fox (retenez ce nom il va sans doute réapparaître bientôt et marquer durablement l’industrie) a obtenu la note rondelette de 93 sur 35 critiques. Pas mal hein ?

Bon entrons dans le vif du sujet : avant il y avait deux espèces sur Terre, les humains et les monstres, mais après une guerre terrible les monstres ont été bannis de la surface et vivent dans les souterrains. Vous êtes une enfant qui vient de tomber dans le monde des monstres et vous devez retrouver la sortie … Il y a tout du RPG classique ici : la carte en 3D isométrique, la musique chiptune, les quêtes, les personnages … L’histoire du jeu vidéo a été apprise, comprise et digérée. Mais il y a plus, beaucoup plus. Comme ce système de combat par exemple, fondé sur le dialogue, ou ces allers et retours incessants pour briser le 4e mur (celui qui sépare le joueur du jeu). Beaucoup à jouer, beaucoup à ressentir et des surprises même après la fin du jeu. Alors oui c’est en anglais mais il ne faut pas passer à côté, il faut pouvoir dire dans 10 ans, quand ce jeu sera étudié par les universitaires et les experts du jeu vidéo comme le point de bascule dans la production, “J’y étais. J’ai joué à UNDERTALE et ça m’a transformé”.

Google Cardboard (Google, 2015 – 20 $ ou gratos)

Attention coup de cœur… On a déjà eu l’occasion de vous parler de réalité virtuelle, notamment de Oculus Rift. Pour rappel il s’agit d’une technologie qui vise à l’immersion par un masque englobant l’ensemble du regard et qui, couplé avec un casque audio, vous coupe du monde extérieur. Et les possibilités, que ce soit pour le jeu vidéo ou autre chose, sont bluffantes. Mais voilà. Ça coûte un bras (500 à 600 $). Il s’agit encore d’une technologie émergente et dans la mesure où tous les acteurs de l’industrie ne sont pas convaincus de son potentiel, les développements économiques sont pour le moment réduits. Et donc ça reste cher. Néanmoins il existe des initiatives intéressantes pour s’éveiller à la chose. Et quand je parle d’éveiller à la chose je ne parle pas de pornographie, encore qu’il semblerait que l’industrie du porno soit, elle, très intéressée par la réalité virtuelle (je vous laisse trouver les liens). Mais je m’égare. Non je parle d’une initiative de Evil Corp, pardon Google, re-pardon Alphabet Inc, qui fabrique des masques de réalité virtuelle en carton. Oui oui en carton. Et qui vous le vend 20 dollars environ ou alors, si vous vous sentez la fibre d’un bidouilleur, vous fournit les plans pour que vous l’imprimiez vous-même. Il suffit d’y ajouter son smartphone, de télécharger une appli et le tour est joué ! Il ne faut pas s’attendre à une expérience de folie, mais globalement on est sur quelque chose qui permet d’expérimenter le concept. Et c’est déjà pas mal !

Framed (Loveshack, 2015 – 2,36 € sur Android, 3,99 € sur iOS)

La bande dessinée est un medium au moins autant fascinant que le jeu vidéo. Ce n’est pas un hasard si beaucoup de créateurs se partagent entre les deux supports … La BD implique une position très active du lecteur, qui doit remplir à l’aide de son imagination l’espace symbolique qui réside entre chaque case. Framed est un jeu qui prend ce point de départ : que se passe-t-il dans une fiction si le lecteur a la possibilité de réarranger l’ordre des cases ? Comment transcender les règles classiques de la narration de la BD (la diagonale de lecture par exemple) pour y apporter un souffle supplémentaire interactif et impliquant le spectateur/joueur ?

Très réussi graphiquement, avec une direction artistique très tranchée (même si elle ressemble beaucoup à beaucoup de productions de ces dernières années), servi par une musique enlevée, très marquée par l’ambiance Film Noir que le titre impose, Framed nous fait suivre le aventures d »un personnage (appelons-le Barney puisq’il n’y a aucun texte dans le jeu, nous sommes libres de l’appeler comme on veut, na), qui tente d’échapper à la police …. A vous de maitriser l’ordre des cases pour que le saut au travers d’une fenêtre ne finisse pas 15 mètres plus bas et la tête dans le ciment, une réorganisation qui peut être aussi dynamique et changer en cours de lecture pour s’adapter à l’histoire… Les perspectives de ce type de jeu sont fascinantes, et on espère que l’essai réussi de ce titre incitera d’autres studio à tenter de croiser les genres et les supports pour notre plus grande joie.

C’est tout pour cette fois !

N.B. : ce billet réutilise de façon outrageusement assumée les chroniques que j’assure régulièrement sur Aligre FM (dans l’émission Écoute il y a un éléphant dans le jardin, animée par Véronique Soulé) avec Géraud Vérité. Et puis c’est tout.

 

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