Trashed : In Poubello Veritas

TrashedRarement bande dessinée n’aura aussi bien porté son nom. Trashed c’est le récit de l’expérience de Derf Backderf (déjà auteur du magnifique « Punk Rock & Mobile Homes« ) en tant qu’éboueur dans une petite ville des États-Unis.

Comme d’habitude l’homme est un génie de l’absurde, et tisse le long du récit un zoo de personnalités toutes plus borderlines les unes que les autres, dressant le portrait de ces jeunes prolos blasés, obligés de vider les poubelles d’une société dont ils n’ont plus grand-chose à faire, et qui le leur rend bien.

Tout suinte d’un profond malaise, à commencer par cette ville où le dernier des rednecks passerait presque pour un type tout à fait charmant quand on le compare à tous les francs psychopathes, les ordures au sens propre et les profiteurs corrompus qui parsèment les pages. Et d’autant plus que Backderf dessine avec un trait qui tire vers la caricature, tout en rondeur et en expression, comme pour parfaire l’absurde des situations et du propos.

Trashed 2Aussi, et bien que tout cela soit gorgé d’un humour potache, le propos reste aussi très vindicatif envers une société de consommation qui vomit des ordures plus vite qu’elle ne sait les cacher – de préférence sous le tapis du voisin – et qui joue la montre avec un cynisme glaçant. Pour citer la bande dessinée « « Imagine l’économie comme un immense tube digestif. Et nous on est là, devant le trou du cul du libéralisme, à nettoyer. ».

trashed_3Mais si le portrait est au vitriol, Derf Backderf est surtout un génie de l’anecdote et des personnages, réussissant à faire sonner juste et rire – jaune – jusque dans les situations les plus outrancières, saisissant avec talent tous ces légers décalages qui font la part de folie de chacun.

Enfin, de tous ces héros du quotidien se dégage une grande beauté, dans la lutte qu’ils mènent, Sisyphe moderne, contre des ordures qui en déborderaient presque des pages, dans leurs renoncements et dans les quelques dernières limites d’humanité qu’ils se refusent encore à franchir.

Après tout, on a tous le tragique que l’on peut.

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