Le corps des autres

Rappelez-vous, la campagne de pub choc de Kookaï dans les années 90.

Rappelez-vous, la campagne de pub choc de Kookaï dans les années 90.

Aujourd’hui, nous allons aborder un sujet douloureux : l’épilation.

Vous avez bien lu : sur le blog de Louise et des canards sauvages, l’heure est venue de parler pilosité, cellulite, crème et manucure.

Dans l’excellente collection « Raconter la vie », l’historien Ivan Jablonka s’est intéressé à un métier méconnu, un métier qui consiste à s’occuper du corps des autres, sans la reconnaissance dont les infirmières jouissent, et qui demande  pourtant beaucoup d’engagement et des compétences techniques  : le métier d’esthéticienne.

L’esthéticienne, qui derrière cette appellation, doit aussi remplir le rôle de coach, psy, conseillère beauté, masseuse, assistante sociale : qui est-elle ?
Quel est son rôle dans nos sociétés de plus en plus dominées par le diktat du corps parfait, où l’on doit sans cesse se préoccuper d’être « mince avant l’été », de « perdre ces 2 kg en trop », où les publicités nous incitent toujours à acheter telle crème « action anti-âge ultime » ?

CINEPGvWwAATnMFLe sujet est beaucoup moins léger qu’il n’y paraît, car derrière l’image très lisse et aseptisée d’un univers où tout est fait pour que la cliente se sente apaisée et chouchoutée, on ignore souvent que c’est un métier rude dont il s’agit, où les pauses déjeuners doivent parfois attendre 16h, où l’on est debout toute la journée, où il est épuisant de courir après le temps là où la cliente veut, justement, prendre son temps.

« Ces derniers temps, des amis m’ont demandé pourquoi je m’intéressais aux métiers de l’esthétique. Ne suis-je pas plutôt habité par la Shoah ? Comment ai-je pu passer d’un sujet « grave » à un sujet aussi « léger »?
Ma réponse tient en un rappel historique : dans le ghetto de Wilno, pendant la seconde Guerre mondiale, les nazis avaient interdit aux femmes juives de mettre du rouge à lèvres et de se teindre les cheveux.
Quelques années plus tard, en 1945, alors qu’ils devaient faire revivre les déportés tout juste libérés des camps, les médecins alliés manquaient dramatiquement de nourriture, de médicaments, d’équipements. Autour d’eux, des centaines de personnes mouraient tous les jours. Un matin, en avril, arrive une mystérieuse cargaison de rouge à lèvres. On procède à la distribution. le commandant d’une unité d’ambulance britannique se souvient: « les femmes étaient sur leur lit, sans draps ni chemise de nuit, mais avec des lèvres écarlates. Vous pouviez les voir errer sans rien d’autre qu’une couverture sur les épaules, mais avec les lèvres écarlates. Enfin quelqu’un avait fait quelque chose pour qu’elles soient à nouveau des individus. Elles étaient redevenues quelqu’un, et non plus seulement un chiffre tatoué sur le bras. Enfin elles pouvaient s’intéresser à leur apparence. Ce rouge à lèvres a commencé à leur rendre leur humanité. »
Les totalitarismes du XXe siècle ont cherché à détruire non seulement des millions de vie, mais aussi la dignité humaine. Indirectement, ils nous rappellent que l’esthétique est un humanisme. »(Source : Ben Shepherd, After daybreak, New-York, Schoken Books, 2005, p. 133)

676394-nouvelle-imageAncrée dans la réalité, fruit d’un travail minutieux fondé sur l’interview d’esthéticiennes travaillant dans des instituts très différents, l’enquête d’Ivan Jablonka se lit d’une traite, prenant la forme d’un essai passionnant sur un métier de l’ombre.

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