All You Need is Kill

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Peu d’histoires existent dans beaucoup de formats culturels. Certes, il y a bien Game of Thrones (livre, série, jeux vidéo) ou The Walking Dead (comics, roman, jeu vidéo, série télé), qui cumulent, mais sinon, c’est un peu rare, d’autant plus qu’on parle ici plus d’univers que de narration à proprement parlé.

« All you need is kill » est une exception assez intéressante. Narrant la même histoire mais de façon différente en Manga, roman et film, l’histoire du soldat perdu dans une boucle temporelle est un objet à part.

Kill

Il y a tout d’abord les œuvres papiers, d’origine japonaise, qui sont certes proches. On y raconte l’histoire de la terre, envahie par une espèce alien, les Mimic, qui ont le fâcheux pouvoir de parvenir à anticiper systématiquement les réactions des armées humaines, en faillite, progressivement annihilées. Parmi eux, un soldat, Keiji Kiriya, participe à sa première bataille, durant laquelle il est tué. Mais, de façon inattendue, il se réveille alors à nouveau, au matin de la bataille où il mourra à nouveau. Commence alors un combat qui se répète pour le soldat, lui permettant à chaque réveil d’appréhender mieux le terrain et de devenir plus fort.

Porté par le réalisateur Doug Liman, réalisateur de « La mémoire dans la peau », son adaptation US voit Tom Cruise incarner le soldat William Cage, spécialiste des relations publiques, incarnation du soldat pour récolter des fonds alors qu’il n’a jamais mis les pieds sur un champ de bataille. Mais voilà que Cage se retrouve balancé en première ligne et court vers une mort certaine. Sauf que… (vous voyez la suite).

Certes, Edge of Tomorrow (titre US d’All You Need Is Kill) est un immense blockbuster d’action, avec des moments de bravoure à couper le souffle. Mais ce qui fascine dans Edge of Tomorrow, c’est la mécanique qui va à l’encontre du cinéma classique hollywoodien. Pour Cage, il ne s’agit plus de survivre, mais plutôt de mourir, jusqu’à enfin parvenir à trouver la solution au problème. Dans une séquence du film, piégé, on voit le héros se jeter sciemment dans une presse métallique (rassurons nous, rien de trop sanglant) pour mieux recommencer son combat contre l’ennemi. Ici, mourir est la solution, l’antithèse de tout ce qu’Hollywood nous assomme, à savoir le côté insubmersible du héros. Non, ici, vous allez voir l’une des gueules les plus célèbres du cinéma US, Tom Cruise, mourir, beaucoup, souvent de façon bien pénible…

En jeu vidéo, on appelle ça le « Die and Retry », (meurs et recommence). On y caractérise les jeux où le parcours est toujours identique, les ennemis à leur place, réagissant aux même signaux et où c’est au joueur de trouver la technique pour atteindre son objectif, finir le niveau et à terme le jeu. C’est ainsi que l’on meurt beaucoup, et on recommence, jusqu’à parfaire sa technique. Comme par hasard, le film, pour sa sortie en vidéo, a été rebaptisé « Live, Die, Repeat » (vie, meurs, répète), sous-titre initial bien plus évocateur que le précédent.

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L’autre point fort d’Edge of Tomorrow, c’est le fait d’épouser cette pratique, de faire du soldat un joueur, évoluant à des niveaux différents. Cela permet de vrais moments d’actions extraordinaires de lucidité. On assiste aux erreurs de jugement du héros qui calcule mal ses coups (et meurt, beaucoup), ce qui donne des séquences souvent drôles. Mais ce sont aussi des séquences où il semble invincible, anticipant chaque geste de l’ennemi, calculant dans sa tête les déplacements des personnes etc… En cela, le film rappelle fortement le film d’Harold Ramis, « Un jour sans fin », dont il transpose le concept vers des terrains nouveaux.

Enfin, et surtout, la force d’Edge of Tomorrow, c’est la mélancolie qui s’en dégage. A un moment, William Cage sert un thé à un autre personnage qui devine, par la précision de son geste, qu’il ne sert pas ce thé pour la première fois. Le regard du héros traduit alors toute la détresse de sa situation. On devine par ce regard que ça ne fait pas 20 ou 30 fois qu’il revit cette journée, mais plusieurs milliers de fois, incapable d’en percer le mystère. Ce trouble donne une profondeur nouvelle au film et l’enrichit d’une dimension humaine bienvenue.

Edge of Tomorrow fut l’été dernier la surprise parmi les blockbusters calibrés de l’été. Il fut, comme par hasard, un échec en salle, comme trop d’œuvres qui tentent de s’éloigner des formats conventionnels du film d’été américain. Certes, l’estime qui est portée au film a permis à beaucoup de le redécouvrir, le film figurant dans de nombreux tops annuels de revues de cinéma, ce qui est rare pour un film hollywoodien. Mais surtout, le film a permis la sortie en France du roman puis du manga, qui sont tout aussi fascinants.

Pour le film, vous pouvez cliquer là !

Pour le manga, vous pouvez le trouver là !

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