On a le monde qu’on mérite…

true detAlors que vient de sonner la fin de la saison 2 de True Detective, l’une des séries phares de la chaine HBO, c’est l’occasion de vous en parler et de vous faire découvrir l’univers d’un auteur : Nic Pizzolatto.

À l’origine de ce billet, il y a donc le visionnage de la seconde saison de l’excellent show True Detective. Une série qui avait créé la surprise lors de sa première saison par la qualité de sa direction artistique, de son écriture et de son casting de rêve.

Si vous êtes passés à côté du phénomène, voilà déjà de quoi vous mettre dans l’ambiance :

Une bande annonce c’est toujours un exercice difficile, souvent sur la brèche qui sépare le rêve et la réalité, le fantasme des promesses faites au spectateur et la soudaine descente dans l’univers d’un réalisateur et d’un scénariste … On pourrait réécrire l’adage « traduttore, traditore » en « trailer, traitor » (les Honest Trailers contribuent d’ailleurs beaucoup à démystifier la chose pour notre plus grand plaisir). Et pour l’exemple qui nous intéresse ici c’est particulièrement vrai.
Et si finalement le meilleur résumé d’une série était dans son générique …

La première saison de True Detective ce n’est pas vraiment une série policière. Il y a bien un meurtre et une enquête mais ce n’est pas l’essentiel. Ce n’est pas non plus une série pleine d’action, même si on y voit l’un des plus beaux travellings de ces dernières années. Ce n’est pas non plus un théâtre vide qui reposerait uniquement sur des comédiens exceptionnels (ils sont bons mais pas à ce point).

Non, True Detective se vit par son atmosphère, par ses couleurs, par la mystique semée ici et là pour vous tromper. – Mais c’est du Southern Gothic ton truc en fait ! – Nope. Pas vraiment. Un peu quand même. Bon ok ça se passe en Louisiane, il y est question du Yellow King, les références surnaturelles sont là … Mais au final on s’en fout. La seule chose qui compte c’est que sont rassemblés tous les éléments qui vous font regarder une série : une intrigue, des personnages et une réalisation soignée. Que ce soit les délires mystiques du personnage interprété par Matthew McConaughey, les amorces semées ça et là, les plans magiques de la campagne de Louisiane, la bande son de folie, le season final … On est happé et on avance épisode par épisode dans ce voyage vers le Mal. Histoire à énigme, symbolique partout présente, sujette à interprétations qui rendent les spectateurs acteurs de leur propre paranoïa …

« Touch darkness and darkness touches back » était ainsi le motto de la première saison.

On devrait s’arrêter là. Mais finalement il y a toujours plus à découvrir. Comme par exemple que la bibliothèque possède le premier roman de Nic Pizzolatto, créateur et scénariste de la série.

Galveston est un polar qui passe inaperçu. Un porte-flingue alcoolique et cancéreux, en fuite avec une jeune fille. On rajoute une enfant perdue. Un motel au Texas. On a déjà lu et vu ça pas mal de fois. Parfois moins bien mené, parfois mieux. Mais dans la perspective du travail de Pizzolatto on s’aperçoit que derrière se cachent toutes les obsessions et les thématiques qui l’obsèdent : la solitude, la quête de rédemption, la parentalité, la perte des repères de la société.
Et tout prend vraiment sens avec la saison 2 de True Detective.

Vous l’avez compris la première fois trailer = shit, opening = great !

Et en plus quand c’est Leonard Cohen tu peux pas test.

On a dit, écrit et vu beaucoup de choses sur cette saison 2 : Pas au niveau de la première. Casting de stars. Dialogues à chier. Intrigues inintéressantes. Direction artistique inexistante… J’en passe. Le fait est que c’est compliqué. Le casting fait rêver : Taylor Kitsch, Rachel McAdams (il paraît que la première saison suintait de misogynie et qu’il fallait un personnage féminin…), Colin Farrell, Vince Vaughn (oui oui c’est un bon acteur en fait). Des mois à teaser le public sur une saison dont la thématique centrale serait la mystique entourant le réseau de transport américain (waou). Des théories sur les liens avec la saison 1. Et puis, et puis … Un premier épisode mou.

Décevant. C’est ce qui domine le début de cette saison. On a perdu le souffle des débuts, les longues tirades de Rust Cohle se sont diluées en bullshit et regards vides de Ray Velcoro. Le meurtre initial est vite dépassé par le reste des éléments qui interfèrent dans l’univers californien qui tient lieu de décor à cette saison-là. La moiteur qui nous suffoquait est remplacée par les plans stroboscopés et les amorces d’intrigues qui fusent dans toute la première partie de ces huit nouveaux épisodes. Mais à la fin que reste-t-il ?

Pour épargner ceux qui n’ont pas encore posé leurs yeux dessus on peut au moins dire que le bilan est moins sombre que ce qui a été dit. D’abord l’intrigue est bancale, certes, mais elle se tient suffisamment pour nous accrocher. Chaque personnage vient avec son lot de mystères dont certains ne seront pas résolus (mais c’est le contrat de départ : vous saliverez, vous supplierez pour connaître l’histoire de ce mec, et vous apprendrez la frustration). Le mystique et le pseudo surnaturel perdure : du Yellow King on passe à Bird Mask … Référence au cinéma classique hollywoodien ? Aux tragédies grecques antiques ? Autant d’os à ronger pour vous détourner de ce qui est en train de se jouer. Les personnages, les detectives, qu’ils soient d’un côté ou de l’autre de la loi, sont au centre de toute la trajectoire. Et c’est précisément leur chemin, l’influence de l’histoire et de leurs rencontres sur leurs vies, qui va devenir l’objet principal de notre attention.

Pizzolatto a démontré qu’il connaît par cœur ses classiques cinématographiques. Et son influence majeure pour cette saison est le Film Noir. (On a même comparé un peu rapidement son écriture à celle d’Ellroy …) Il y apporte une thématique très forte autour de la parentalité. Quel monde laisse-t-on à ses enfants ? Qu’est-ce que ça représente d’avoir un enfant ? Qu’est-ce qu’on transmet ? Comment fuir son héritage ? Les scènes d’ouverture et de fermeture de la série sont ainsi de jolies mises en abîme de ces questions…

Alors maintenant ? Regardez True Detective, laissez-vous happer par la noirceur, laissez-vous entrainer par son ambiance, souffrez, criez de rage, ayez peur, perdez votre sang froid. Parce qu’au final ce n’est que de la télévision…

« We get the world we deserve », motto de la saison 2.

Et pour retrouver tout ça à la bibliothèque … c’est par là : Galveston et True Detective Saison 1

 

 

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Une réflexion au sujet de « On a le monde qu’on mérite… »

  1. Ping : n°4 – janvier 2016 | Louise & Michel

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