Americanah ou noire non-américaine ?

adichie

Photo de Lakin Ogunbanwo

Connaissez-vous Chimamanda Ngozi Adichie ? Si ce n’est pas le cas, il y a urgence ! Même Beyoncé en est fan et a repris dans sa chanson, Flawless,  des extraits de son texte-manifeste, Nous sommes tous des féministes (Folio, 2015). En bref, Chimanda Ngozi Adichie est une star des lettres: elle est nigériane, jeune, belle, lookée, féministe, engagée, et surtout écrit de manière éminemment intelligente et percutante. Cela fait beaucoup pour une même personne, je vous l’accorde, mais si vous en doutez, je vous invite à lire son dernier roman Americanah, paru en janvier 2015 chez Gallimard qui s’est déjà vendu à plus de 500 000 exemplaires aux États-Unis et en Grande-Bretagne.

Ifemelu et Obinze sont deux jeunes étudiants nigérians de classe moyenne qui partent poursuivre leurs études aux États-Unis, pour elle, et à Londres, pour lui. Tous deux vont vivre le désenchantement et le parcours difficile de l’exil. Ifemelu mettra 15 ans à se faire une place dans un pays où la discrimination et le racisme sont toujours très présents.

Pourquoi ne s’est-elle jamais sentie noire avant de mettre les pieds aux États-Unis ?  Pourquoi doit-elle toujours répondre de ses origines ou de sa coupe de cheveux ? Pensez-vous qu’Obama aurait été élu si Michèle avait affiché une « coup afro » ou une coupe courte naturelle ? Comment être soi quand les autres semblent tellement mieux vous définir ? Comment les américains ne voient en l’Afrique qu’un continent malade pour lequel ils sonamericanaht prêts à organiser d’énormes collectes de charité, mais ne parviennent pas à considérer les étudiants africains autrement que comme des migrants sous-qualifiés ?

Pas d’angélisme non plus envers les noirs américains qui, sous le poids de l’Histoire, s’engluent dans des conflits d’identité et de langage, et n’osent même plus prononcer le mot « noire » quand il s’agit de différencier une vendeuse d’une autre dans une boutique.

Malgré les embûches et les humiliations, Ifemelu devient célèbre pour son blog intitulé, Observations diverses sur les Noirs américains (ceux qu’on appelait jadis les nègres) par une Noire non-américaine. Elle est invitée à donner des conférences sur le multiculturalisme à travers le pays mais se rend compte que les blancs qui y assistent ne souhaitent pas déconstruire leur vision de l’autre, et restent bien ancrés dans leurs préjugés. Le retour au pays s’impose alors comme une évidence, mais révèle aussi son lot de difficultés. Ifemelu est jugée par ses amies d’enfance qui verront en elle l’Americanah, l’africaine américanisée, quand elle les juge à son tour vénales envers les hommes ou manquant d’indépendance et de liberté.

Vous l’aurez compris, Chimanda Ngozi Adichie n’a pas la langue dans sa poche et pour notre plus grand plaisir de lecteur, cette langue est maîtrisée, percutante, sonore…

Mais rassurez-vous, Americanah, ce n’est pas que de la politique ou de la sociologie, c’est aussi (et peut-être surtout) une belle histoire d’amour qui apporte beaucoup de sensibilité et d’universalité au roman.

Americanah est disponible à la bibliothèque ainsi que son texte-manifeste, Nous sommes tous des féministes (Folio, 2015). Et si aucun des 2 n’est disponible, vous trouverez sur le même thème :

angelouangelou 2miano

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4 réflexions au sujet de « Americanah ou noire non-américaine ? »

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