Protanope toi-même ! (si t’es daltonien, tape dans tes mains)

mais qui se cache ici ?

mais qui se cache ici ?

« Bonjour, je m’appelle Julien et je suis daltonien … »

Voilà comment pourrait commencer cette incroyable plongée dans un monde fait de chiens verts et de pelouses oranges, un monde où le violet n’existe pas et où « saumon » n’est pas une couleur mais un truc qui se mange (de préférence cru et accompagné de sauce soja. Sucrée la sauce parce que sinon c’est dégueu).Voilà c’est dit. Je suis daltonien. Si vous ne savez pas ce que ça veut dire, vous pouvez jeter un coup d’œil à ça …

(euh Patrick, tu es daltonien, ça ne veut pas dire que tu as mauvais goût … alors change de t-shirt, tu veux bien ?)

Donc en gros je vois des choses qui n’existent pas pour vous et vous voyez des trucs que je ne peux pas voir. Prenons le violet par exemple. Je n’ai aucune preuve matérielle irréfutable que cette couleur existe. Pour moi c’est rose ou bleu. Et si tout cela était une vaste supercherie destinée à isoler une partie de la population ? Et si en fait vous étiez tous de mèche pour nous faire croire à un dysfonctionnement (oui parce que handicap c’est un peu beaucoup pour juste un peu de bordel dans les yeux) alors qu’en fait le violet n’existe juste pas ! Cela expliquerait sans doute pourquoi les daltoniens sont supérieurement intelligents, fins, curieux de tout, capables de prouesses d’analyse … Ce serait parce qu’ils ont été volontairement désavantagé par le reste du monde ! Mais je m’égare …

 Lorsque j’ai commencé à travailler, la bibliothèque où j’exerçais à l’époque rangeais les livres pour les petits en mettant des petits oursons de couleur sur la couverture : bleu, rouge, jaune, noir, blanc (ok ça va) et puis ensuite il y avait des trucs comme « tournesol », « bleu canard », « caca d’oie », « moutarde », « bleu ciel » et « bleu nuage » (oui oui je crains que les problèmes de consommation de stupéfiant des concepteurs de ce classement ne se soient jamais résolus…). Lorsqu’on m’a présenté ce système (je ne dis pas bordel parce que ce serait déplacé et que je l’ai déjà employé plus haut, mais le cœur y est) j’ai hésité trois secondes entre « Vous vous foutez de moi, c’est un bizutage ! » et « J’ai peut-être fait une erreur en voulant être bibliothécaire… ». J’y ai passé quatre ans et je n’ai toujours rien pigé. En revanche je me suis toujours débrouillé pour faire culpabiliser mes collègues dans tous les autres endroits où je suis passé à propos de leur utilisation parfois maladive des couleurs. Il n’y a pas de petite victoire.

Être daltonien c’est aussi avoir un discours prêt à chaque instant pour expliquer rationnellement ce qu’est le daltonisme : « Non je ne confond pas le rouge et le bleu, non je ne vois pas tout en dégradé de jaune, non je ne suis pas stupide je sais qu’il existe des couleurs différentes, mais tu vois le chien là bas, et bien moi je le vois vert. ». Et c’est inévitablement répondre à la série de 128 questions qui suivent : « Et ça tu le vois de quelle couleur ? Et ça ? Et c’est marrant pourquoi tu t’habilles normalement ? (oui j’ai déjà entendu ça) Ah ben tu vois que tu n’as rien, tu vois bien ce truc blanc ! (même personne, occasion différente…) Mais comment tu as fait pour passer ton permis ? (avec brio et du premier coup)« .

Mais au delà de tout ça on parvient à trouver son équilibre, à éviter les situations à risque (les magasins de fringues, les restos indiens, trier les dragibus, jouer à des jeux vidéo) et on se sent en sécurité. Grossière erreur. On finit par chuter. Récemment lorsque j’ai eu besoin d’acquérir une coque pour mon smartphone (oui moquez-vous mais attendez la suite), j’ai du choisir entre trois couleurs : blanc (c’est salissant), bleu (trop électrique) et rouge (ah le rouge c’est bien, c’est sympa et dynamique, je vais prendre ça !). Pas de suspense ici le rouge c’est bien mais là en vrai c’est rose. Pas rose un peu passé, pas rose qui tire vers le rouge. Non le rose à paillette qui pique les yeux. Le même qui est utilisé par les petites filles de 11 ans qui fréquentent la bibliothèque…

Et je travaille avec Quentin.

Je vous laisse imaginer les jours qui ont suivi et le harcèlement dont j’ai été victime (je lui rend bien alors on est quitte, mais quand même).

Tout ça pour vous dire que vous n’êtes pas seuls si vous êtes daltoniens, que vous serez toujours l’objet de blagues nazes (comme les belges, les bretons et les roux), mais que vous êtes une élite incomprise. Enfin sauf si vous vous appelez Spielberg ou Nolan.

Et si vous n’êtes pas daltoniens ? Piss off !

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Une réflexion au sujet de « Protanope toi-même ! (si t’es daltonien, tape dans tes mains) »

  1. Ping : Réconcilier la couleur et le noir et blanc | Louise et les canards sauvages

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