Le domaine du festival public

LouiseSamedi 17 janvier, Louise fêtait le domaine public. En ce début d’année mouvementé on a bien rigolé, on a réfléchi, on a travaillé, on a mangé, on a discuté, on s’est découvert. Et si c’était ça une bibliothèque ?

Retour sur cette journée extra-ordinaire …

Samedi 17 janvier Louise fêtait le Domaine Public. Une journée chouette qui nous a permis de vous présenter les joyeux drilles de Romaine Lubrique à l’origine de ce Festival un peu fou. Au menu ? Un café de Louise où nous avons beaucoup parlé de droit d’auteur, de la liberté de création, de remix, de mashup, mais aussi de Manon Lescaut et de L’Ile au Trésor. Un apéro animé par Romy de Cuisine Libre où nous avons découvert des légumes oubliés tout en s’interrogeant sur la protection des recettes … Et puis on a découvert Wikipédia de l’intérieur (merci Harmonia Amanda !), en essayant de construire ce qui pourra être dans un futur proche l’article sur la bibliothèque Louise Michel…

Et puis on a écouté Véronique Boukali et son accordéon magique nous interpréter des chansons traditionnelles italiennes (et grecques !) pour nous mettre dans l’ambiance d’une séance de cinéma un peu spéciale : la soirée spéciale nanar du domaine public ! Plan 9 from Outer Space d’Ed Wood, le père de tous les nanars, la référence ultime du mauvais film sympathique.

Comme on aime bien rigoler on vous a aussi concocté un calendrier de l’Après sous forme du tumblr « Louise Fête le domaine public ».

louise fete le domaine publicVoilà c’était ça le Festival à la bibliothèque … Enfin pas tout à fait puisqu’il faut signaler notre quart-d’heure de gloire par la présence d’Hervé Pauchon, le journaliste légendaire de France Inter qui nous amuse, nous émeut, nous émerveille depuis des années avec sa chronique « Un temps de Pauchon ». Et ce samedi son micro s’est posé chez Louise …

Pour réécouter ses trois chroniques c’est par là : La bibliothèque de Louise, Pourquoi vous m’interrogez comme ça ?, et Domaine Public diffusé les 28, 29 et 30 janvier derniers. La classe à Dallas, non ?

Alors pour leur dire merci et pour clôturer ce moment très chouette dans ce début d’année chaotique, on a voulu poser quelques questions à Véronique Boukali et Alexis Kauffmann, les deux initiateurs du projet …

Festival_du_domaine_public_-_Inauguration

Bon alors, pas trop fatigués après ce premier Festival du Domaine Public ?

Véronique Boukali : Effectivement, nous sommes un petit peu fatigués … D’autant que j’ai trouvé le moyen de me blesser le petit doigt en transportant mon accordéon, quelques jours avant la clôture du festival ! À part ce petit détail, nous en sommes sortis entiers, et nous avons passé 15 jours très riches et très stimulants, et c’est avec un pincement au cœur que tout cela se termine… Nous allons essayer de faire durer ce festival sur la toile, en proposant des restitutions d’événements et des nouvelles ressources culturelles sur le site.
Alexis Kauffmann : Fatigués certes oui. il eût été difficile de ne pas l’être avec 26 événements à coordonner sur 15 jours. Mais absolument ravis d’avoir mené à bien ce festival, ou plutôt cette aventure, avec toutes les qualités mais aussi les défauts d’une première édition.

Finalement, qu’est-ce qui a été le plus chouette ? Un coup de cœur parmi les évènements ? Une anecdote rigolote ? Un truc vraiment marquant ?

Véro : Flagornerie mise à part, nous avons beaucoup aimé la journée organisée à la bibliothèque Louise Michel, d’abord parce que nous l’avons préparée avec vous, ensuite parce que vous vous êtes pleinement impliqués, et enfin parce que la forte implantation de la bibliothèque dans le quartier a permis de sensibiliser les « habitants  » du XXe au domaine public, des enjeux qu’ils ne connaissaient peut-être pas auparavant. Ce travail de proximité est exactement ce que nous cherchons à faire avec le festival.
Une anecdote qui me vient à l’esprit, et qui n’est pas forcément rigolote, est ce courrier d’un ayant-droit arguant de son droit moral pour interdire la projection d’un ciné-concert remixant les « Fantômas » de Louis Feuillade … De quoi continuer à sensibiliser le plus grand nombre à ces problématiques !
Alexis : Le plus chouette, c’est d’avoir réussi à mixer les publics : les geeks, les culturo-parisiens, les curieux, les enfants, les institutionnels, les startups qui en veulent, les associatifs militants, etc. Personnellement j’ai été ému de voir la pianiste Kimiko Ishizaka (que l’on suit depuis 3 ans en ligne) se produire « dans la vraie vie » à l’église Saint-Merry.

On peut parler chiffres ?… Y a eu du monde alors ?

Véro : Nous avons eu la chance d’avoir une très bonne couverture médiatique (et elle continue encore aujourd’hui, même après le festival) ; nous avons fait le compte : pas moins de 800 personnes en tout ! Et il y a eu notamment la visite guidée de la galerie des moulages (Cité de l’Architecture et du Patrimoine) qui a été surbookée ! Non seulement, le guide Jean-Marc Hofman était passionnant, mais en plus le public était vraiment varié et n’était pas seulement constitué de gens rompus aux nouvelles technologies ou aux questions juridiques. C’est ce qui m’a fait très plaisir.
Certains événements très intéressants à mon sens auraient pu attirer plus de monde, mais il aurait fallu faire une diffusion auprès d’un public plus ciblé (des élèves de conservatoire pour le concert, des étudiants en lettres pour l’événement consacré à Romain Rolland….) mais nous comptons bien y remédier pour la deuxième édition !

Et côté finances, ça s’est passé comment ?

Véro : Magnifique. Non, en fait, pas vraiment. Mais nous nous y attendions : nous avons décidé de courir le risque de réaliser ce festival sans avoir de vraie sécurité financière. Il faut un an et demi en moyenne pour demander une subvention et l’obtenir ; nous avons opté pour le mode « charrue avant les bœufs »: nous avons d’abord élaboré le calendrier du festival et organisé les événements, pour nous préoccuper de l’argent ensuite. Heureusement pour nous, nous avons eu la chance d’avoir le soutien de Wikimédia France, ainsi que de la Région Île de France. Ce qui est sûr, c’est que ce sont nos partenaires qui ont rendu ce festival possible. Des collectifs comme SavoirsCom1 qui nous ont suivis dès le début. Des équipes comme la vôtre qui ont participé pleinement à la réalisation des événements. Et puis de nombreuses « bonnes fées » qui se sont investies à nos côtés ; sans leurs indéfectibles baguettes magiques, nous n’aurions pas pu y arriver ! C’est donc bien le fruit d’un travail collectif.
Alexis : On imaginait bien que ce serait compliqué. Monter un événement d’une telle envergure en moins de 5 mois dans un contexte économique délicat qui demande à la culture de se serrer la ceinture, c’est assez suicidaire en fait, mais non emprunt d’un certain panache ! Et puis comme le souligne Véronique, on savait qu’on pouvait compter sur des personnes et des structures et que nous nous retrouvions plus nombreux en arrivant au port.

On voulait aussi savoir combien de vers de Giraudoux ont été lus au cours du Festival (avec plaisir)… ? Et combien de verres ont été bus…

Véro : des verres, pas mal ! Et je garde un souvenir impérissable des longues heures de lavage de coupes en plastique dans ma petite cuisine ; je les avais mises à sécher sur toutes les tables de mon studio ! Il y a bien eu des extraits de Giraudoux qui ont résonné dans les murs du Numa, lors de la Grande Fête du Remix. Ce sont deux amis comédiens qui ont interprété de larges extraits d’Electre dudit Giraudoux, et qui ont proposé aux visiteurs de s’y essayer : le tout sera bientôt en ligne et écoutable par tous !
Alexis : Oui. Le fait de donner accès, numériser, interpréter, réciter, traduire, créer à partir des œuvres du domaine public et plus particulièrement celles des nouveaux entrants 2015, était un des objectifs du festival. Histoire qu’il reste une trace une fois le dernier événement passé.

On se demandait également si Véronique avait décroché un contrat pour un disque suite à sa belle prestation sur France Inter (nous, on a adoré !) ? A quand une « Domaine Pub’ Académie » à la télé ?


Véro : Merci pour la belle prestation ! L’idée d’un disque nous trotte effectivement dans la tête… Mais sans contrat et sous creative commons, histoire d’éviter des enclosures dues aux droits d’interprète (il faut bien être cohérent). Quant au « Domaine Pub’ Académie », c’est une excellente idée : que diriez-vous de monter ce prix à la bibliothèque Louise Michel ? Nous on est partant !
Alexis : L’excellent accueil chez Louise le 17 janvier puis son concert « hétéroclite » à 9 langues (!) à l’ENS le 29 janvier nous a effectivement donné quelques idées. Affaire à suivre et à écouter…

 Est-ce que cette interview va pouvoir être mise dans le domaine public ?  

Véro : Non certainement pas, on veut  des petits copyrights décoratifs partout, des watermarks sur les photos, et surtout un DRM sur le texte… (On ne sait jamais, ça peut être dangereux…).
Alexis : Oui (sous licence CC0) mais vous touchez l’un des problèmes évoqués lors du festival : la difficulté juridique de mettre tout de suite volontairement ses créations dans le domaine public. D’ailleurs un récent rapport européen sur le droit d’auteur préconise de faciliter cette démarche.

On vous donne rendez-vous l’année prochaine pour une deuxième édition du festival ? Déjà des projets ? Vos rêves les plus fous pour la prochaine édition ?

Véro : Oh oui avec grand plaisir ! Des rêves, on en a plein, pour les autres éditions. Surtout parce que nous avons été contactés par toute une ribambelle de gens sensibles à la cause (notamment une de vos collègues de Marguerite Duras) [NDLR on t’a reconnu Fabienne ^^] que nous aimerions beaucoup convier dans l’aventure ! L’idéal serait de faire des petits du festival en province, en Europe, voire dans le monde entier (soyons fous). Nous sommes en contact avec des communautés au Québec, en Espagne, en Italie et même en Uruguay : un certain Jorge m’a assuré que l’Amérique du Sud comprend des groupes qui œuvrent très activement pour la libre diffusion de la culture et de la connaissance… It’s only the beginning
Alexis : Oui, oui, oui. Que cela reste entre nous mais on regarde déjà du côté des morts en 1945, soit ceux qui entreront dans le domaine public le 1er janvier 2016, et on a déjà repéré Paul Valéry et Béla Bartók !

Publicités

3 réflexions au sujet de « Le domaine du festival public »

  1. Merci Julien pour ce « retour » très riche en liens. Perso, je suis allée sourire à l’excellent article du Selfie Monkey sur Newyorker.com, m’informer sur les discutables et discutés droits moraux et droits des marques, intervenant directement dans le festival pour annuler le remix des Fantômas et découvrir les Copyfraud Awards . À l’année prochaine pour la 2e édition!

    Aimé par 1 personne

  2. Ping : Extension du domaine (public) de la lutte | Louise et les canards sauvages

  3. Ping : n°4 – janvier 2016 | Louise & Michel

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s