La musique du silence

Patrick-rothfuss-2014-kyle-cassidyIl est difficile de ne pas tomber éperdument amoureux de Patrick Rothfuss. Déjà, premier critère, et probablement un des plus importants : le protagoniste principal de sa trilogie « Le nom du vent » est roux (ce qui, dans le dominion roux de la bibliothèque Louise Michel, ne passe évidemment pas inaperçu…). Ensuite, sire Rothfuss possède une barbe qui ferait frémir d’émoi et de désir tous les pilophiles qui rôdent parmi nous. Enfin, ses livres sont un vent de fraîcheur sur la fantasy moderne, se jouant de l’impérieuse nécessité d’écrire des livres de genre, pour se contenter d’écrire d’excellents livres.

Slow regardLa musique du silence donc, ou, en VO, « The slow regard of silent things » est … incroyablement désarçonnant quand on a lu Le Nom du Vent, et qu’on s’attend à y retrouver les aventures de Kvothe, ou même une simple plongée dans son univers. C’est d’ailleurs probablement le seul livre dont la préface de l’auteur commence par « You might not want to buy this book »  Traduction : Vous ne voulez peut être pas acheter ce livre.

Car le livre s’attache à un personnage assez mineur de l’univers du Nom du Vent, Auri, et d’une manière très étonnante… Rothfuss est connu pour la richesse de ses dialogues. Vous n’en trouverez ici pas une ligne. Il est aussi renommé pour la densité de l’univers, et des enjeux qu’il sait mettre en place. Il s’agira ici, sans en dire trop, d’une quête d’une semaine pour … faire du savon, sans jamais quitter les tunnels où l’héroïne réside.

AuriFanartExercice de style? Peut-être. Pied de nez à la horde de fan qui inonde ses forums pour savoir la date de sortie du dernier tome du Nom du Vent? Peut-être aussi. Plaisir de l’auteur qui se permet, maintenant sa réputation assise, de prendre des risques et de sortir de sa zone de confort? Assurément. Ode romanesque à la divinité palmée? Peut-être pas.

Et quel plaisir. Si la lecture est d’abord déroutante, Auri vivant dans un monde ou les néologismes s’empilent comme autant de briques de son édifice mental, le lecteur est vite happé par la poésie qui se dégage de l’ouvrage. A l’aune de la schizophrénie de l’héroïne, tout ce qu’il y a de plus anodin prend soudain le sens de la quête, et le moindre trajet dans un tunnel prend des allures de grand bouleversement. On se surprend à s’inviter dans le psyché du personnage, cherchant les quelques clés de compréhension que l’auteur dissimule ci et la, parcourant le labyrinthe mental d’Auri aussi sûrement qu’elle explore ses tunnels.

En tout cas, un vrai coup de cœur, qui se savoure d’abord pour sa poésie, et demandera sans doute une relecture pour en saisir toute les subtilités !

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