Dexter, the dark passenger

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Si l’on examine les grandes séries récentes, une des occurrences du genre tient dans l’ambiguïté du personnage principal. Dexter Morgan est de ceux-là, et la série et son anti-héros font désormais partis des grandes références télévisuelles modernes.

Dexter a plusieurs origines. La première est évidemment littéraire. Le personnage, flic le jour, tueur en série la nuit, est tout d’abord la création de Jeff Lindsay. Série à succès de sept romans, les romans n’ont cependant que peu à voir avec la création télévisuelle qui l’a rendue fameuse. L’humour potache y est quasi omniprésent et la trame dévie lourdement dès la moitié du premier tome, ce qui laisse entrevoir l’écart entre les deux franchises. De Dexter en livre, les créateurs de la série n’ont retenu que les principes de base pour se les réapproprier entièrement.

La seconde origine de Dexter tient dans sa filiation directe avec les séries qui ont changé la façon d’envisager les séries télévisées avant elles. Son créateur principal, a évolué dans rien de moins que sur les Sopranos et The Shield. De fait, la criminalité et le caractère « borderline » de Tony Soprano et de Vic Mackey  ont fortement influencé la création télévisuelle du personnage de Dexter, ou par exemple, l’écriture du personnage fou de sa soeur Debra.

Plus encore, une bonne partie des épisodes de la première saison (et les épisodes clés des suivantes) sont dirigés par Michael Cuesta, réalisateur de la scène indépendante, qui a mis en scène et produit l’un des monuments de la télévisuelle, Six Feet Under. Le choix de Michael C.Hall, David dans la série, pour incarner le flic-tueur n’est pas non plus anodin. De Six Feet Under, on retrouve le gout du morbide, un humour noir cinglant, un cynisme froid qui rend l’émotion et les souffrances des héros encore plus mordante.

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Ainsi, Dexter est né d’une volonté d’épouser le mouvement d’affranchissement de la série télévisée. Né à l’aube des années 2000, enfant du cinéma indépendant américain (où le cinéma s’affranchit des clichés hollywoodiens pour mieux exploiter la part sombre des héros), la série télé s’autorise ce que le cinéma américain a parfois du mal à assumer: des héros qui sont le fruit de sa société, fait de paradoxes. La série a surtout le temps (sur de nombreuses heures de programme) de creuser plus profondément l’ambiguïté de ce qui se cache derrière les belles façades.

Twin Peaks comme matrice, Sopranos, Six Feet Under ou encore Sur Ecoute comme cadre de références (toutes ces séries sont à Louise Michel), les nouveaux héros des séries sont là. Et avant Walter White (Breaking Bad), avant Nicholas Brody (Homeland), avant Franck Underwood (House of Cards) et tant d’autres, il y avait donc Dexter.

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Flic en journée, spécialiste des tâches de sang que laissent les meurtres, Dexter est aussi un homme aux pulsions meurtrières. Victime d’un évènement traumatisant dans son enfance (il assiste au massacre de sa mère), il est adopté par un policier qui décèle en lui ses pulsions criminelles et décide de lui faire exercer ces dernières sur des cas non résolues, où un meurtrier profite des lacunes de la justice pour s’en sortir. Dexter devient un vigilante (comprendre, un personnage qui exécute la justice soi-même), tuant suivant un « code » inventé par son père pour ne pas se faire prendre.Tout le génie de la série nait de cette ambivalence, entre la motivation du héros et son procédé, sa justice qui s’avère n’être finalement qu’un prétexte pour assouvir ses pulsions.

Et tous les moyens sont bons pour s’échapper. Dexter fait ainsi face à diverses manières de fuir sa part d’ombre. Le héros, à sa manière, interroge coup sur coup l’amour, la fraternité, l’amitié, la religion, la thérapie… Au fil des saisons, on entrevoit les fissures du héros, où la part d’ombre prend le pas sur le quotidien et où tout va mal finir. C’est dans cette tension, cette ambiguïté permanente, qu’évolue le spectateur, attaché au anti-héros dans une forme de rapport coupable: Dexter EST un monstre, un personnage égoïste, mais on s’attache à lui, on craint sa découverte, on espère qu’il s’en sortira, quitte à tuer, à commettre l’irréparable. Parce que cette part d’ombre est peut-être aussi en nous, spectateurs-voyeurs, témoins silencieux et presque approbateurs du procédé morbide du héros.

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L’autre point clé de la série, c’est l’environnement de Dexter, sa ville. En choisissant Miami comme cadre, les créateurs ont su y trouver un environnement fou, entre les bayous, les plages et les nouvelles richesses qui s’y précipitent et font de la ville floridienne un endroit parfait, entre le chic, la noirceur et les désillusions. Un Los Angeles bis, plus sordide et surtout plus inédit dans l’œil du spectateur. Miami est poisseuse, artificielle, mystérieuse, vivante la nuit comme le jour. Elle est un véritable vivier à psychopathe, une jungle parfaite pour un paradoxe comme Dexter.

Alors certes, la série s’enraille. Huit saisons, c’est long. Le succès d’audience de Dexter en a fait au fur et à mesure une vache à lait pour la chaîne Showtime et si certaines séquences des dernières saisons valent de s’y attarder (notamment un face à face magistral avec Charlotte Rampling dans le rôle d’une psychologue experte en criminologie), force est de constater que les quatre premières saisons de la série en sont le meilleur (surtout la saison 4, primée aux Emmys et Golden Globes, les deux prix majeurs pour la télé, est la plus forte).

Cependant, il serait dommage de ne pas se laisser happer par cette ambiance folle, cette tension rare, et ce personnage à la fois attachant et effrayant. Essayer Dexter, c’est l’adopter.

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