Cinéma: David Fincher, réalisateur de clips

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Récemment remis en couverture de la presse cinématographique pour son dernier film, Gone Girl, il semblait intéressant de revenir, le temps d’un article, sur le passé magistral d’un cinéaste qui n’a pas démarré sa carrière avec Alien3 en 1992, mais bien avant, dans les années 80, où, fort d’une belle réputation de réalisateur d’effets visuels pour ILM (société alors géré par George Lucas), Fincher choque une première fois l’Amérique avec une publicité.

Tourné pour trois fois rien avec une bande de collègues, Smocking Fœtus est une publicité qui ne peut laisser indifférent : elle évoque ce qui était alors un vrai sujet de controverses aux USA, la lutte contre le tabac, notamment chez les femmes enceintes, à une époque où l’industrie du tabac ne reconnaissait pas encore les effets d’addiction et ceux, néfastes, du tabagisme passif.

Fort d’une nouvelle réputation, en 1986, Fincher se joint alors à d’autres réalisateurs pour créer Propaganda Films, société de productions qui sera le fournisseur officiel de clips pour la reine des chaînes MTV. C’est avec Propaganda qu’une génération de réalisateurs émerge, révélant de nombreux styles et talents, de Jonathan Glazer (Under the Skin) à Spike Jonze (Her), en passant par Alex Proyas (Dark City) et même Michael Bay (Transformers).

Fincher, sous Propaganda, devient un réalisateur estimé et demandé qui tout en s’adaptant aux demandes des artistes des années 80 (avec le bon goût qu’on leur connait), parvient à mettre du sien et à signer quelques perles.

Le premier trait qui se distingue du style de Fincher est l’ « hommage » au cinéma. Ses maîtres de cinéma sont alors Bob Fosse (il confesse avoir vu « All That Jazz » des milliers de fois quand il travaillait comme projectionniste), George Roy Hill, Francis Ford Coppola, George Lucas, Ridley Scott. Quand Fincher tourne une pub pour Coca Cola, elle est totalement emprunte de l’univers de Blade Runner, quand il tourne Express Yourself pour Madonna, c’est Metropolis de Fritz Lang qui émerge. Et quand il tourne pour Paula Abdul, c’est littéralement une scène entière de Bob Fosse qu’il rejoue.

(Version Bob Fosse)

(Version Fincher)

L’autre trait de son style est celui de ne jamais céder à la simple illustration. Quand Fincher tourne des clips pour Aerosmith (l’immense Janie’s got a gun qui lui a valu un très grand nombre de prix), il filme, au-delà du morceau, une histoire, celle d’une famille qui sous le poids du secret et du mensonge, se désintègre…

A charge, Fincher se permet aussi de jouer ouvertement avec la personnalité des artistes qu’il fait tourner. Ainsi, en signant Freedom pour George Michael, il filme des tops models de l’époque et fait, en passant, exploser les symboles du chanteur et tente de fissurer son image. Les murs fuient, le juke-box explose, le chanteur le clame « Il y a quelque chose d’autre en moi, quelqu’un d’autre que je dois être »… A la fin, une bouilloire est trop chaude pour y poser la main. L’homoxesualité du chanteur, qu’il ne fera savoir que des années plus tard, transparaissait dans le travail de Fincher, une déclaration avant l’heure…

Tant d’autres exemples : la femme à multiple visage, incapable d’être elle-même pour Michael Jackson, le diable du vice pour Billy Idol, le rapport au gigantisme pour « Love is Strong » des Rolling Stones.

Enfin, l’ultime trait de la carrière de clippeur de Fincher, c’est l’attachement à un esthétisme pur. Non seulement les clips doivent avoir du sens et ne pas seulement illustrer un pas de danse où le physique de la chanteuse, ils doivent aussi amener une vraie force visuelle. Invoquant toutes les techniques de pointe de l’époque, Fincher s’autorisait déjà tout en terme de mise en scène, perfectionniste jusqu’au bout. Et la beauté de ses clips est le reflet direct de ce travail.

Pour exemple, le clip de Sting, « Englishmen in New York » est le reflet de toutes ses préoccupations: on y retrouve Manhattan en noir et blanc, comme tout droit sorti du chef d’œuvre de Woody Allen. Par ailleurs, Fincher y filme le rapport au monde et le sentiment d’en être étranger. Et au-delà de tout ça, la beauté sublime de ce New York tout de blanc vêtu, qui valut au réalisateur de nombreuses nominations et récompenses.
La réputation de Fincher au début des années 90 est immense. On lui confie les plus importants budgets et il dispose, fait rare dans le clip et la pub, d’une grande liberté de création. Il ne franchira le pas du cinéma qu’avec un projet qui le rongera et qu’il reniera, Alien3.

Mais depuis, tout va mieux. Seven, Fight Club, Zodiac, Social Network ou encore la série télévisée House Of Cards ont fait du réalisateur l’une des figures majeures du 7ème art contemporain.

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