Le syndrome de Diogène

MADAME_DIOGENE_couv_RL_140x205Le syndrome de Diogène, késako ?
Il s’agit d’un trouble du comportement conduisant à des conditions de vie négligées, voire insalubres…

Le désordre, la saleté, le retour à une forme d’animalité, voilà à quoi va conduire la folie de Madame Diogène. Retranchée dans son appartement, transformé en tanière par un jeu de strates et d’amoncellements, de débris organisés et accumulés comme une pie construirait son nid, Madame Diogène est une vieille dame qui a doucement glissé dans une autre conscience.

« – Ouvrez maintenant, soyez raisonnable. Ouvrez !
On frappe et on gueule à sa porte, elle a ouvert un œil, le jour entre dedans et, par de maigres interstices, inonde de blanc jusqu’à son terrier.
– Je sais que vous êtes là : ouvrez !
La rumeur des voitures qui monte du boulevard lui parvient, assourdie, comme un bourdonnement de guêpes que les coups, incessants, ponctuent. Parfois, elle parvient à entendre le Gros maugréer, la traitant de vieille charogne, de vieille teigne.
– Tu vas ouvrir, vieille teigne ! grogne-t-il sans cesser de tambouriner.
C’est presque devenu quotidien. Il tape, commençant quand il fait encore nuit, d’abord des coups secs, serrés, puis de plus en plus fort, du poing, du pied, il cogne et cogne encore. Il se dit qu’elle va avoir la trouille, il fait trembler toutes les cloisons, il se dit qu’elle n’a pas le choix.

Mais, recroquevillée dans son terrier, elle se sent parfaitement à l’abri. Rien du monde des hommes ne peut l’y atteindre. Elle sait que la lumière du jour, le bruit (les voitures, les coups), tout finira, bientôt. Les nuages viendront couvrir le ciel d’hiver, le flux des voitures entrant dans la ville tarira, le Gros partira au travail. Elle se sentira à nouveau seule, à nouveau loin ; elle aura vaincu ; elle n’ouvrira jamais. »

En à peine quelques pages, Aurélien Delsaux brosse le portrait morbide et fascinant d’une vieille dame et de sa vie ramenée à sa plus simple expression. Vivant dans l’instant, satisfaisant ses besoins les plus primaires, délaissant toute forme de réflexion pour devenir simple spectatrice d’un monde qu’elle ne comprend plus, cette vieille dame nous entraîne dans une vision dérangeante mais réaliste de notre société.

aurélien delsauxCe premier roman très abouti appuie là où ça fait mal, interrogeant notre rapport à la solitude, notre course quotidienne effrénée pour aller au travail, nos vies qui paraissent, du point de vue de cette drôle d’observatrice, totalement dénuées de sens…
On regrettera peut-être une fin un peu elliptique, mais on garde longtemps en mémoire ce petit roman corrosif.

Retrouvez Madame Diogène dans votre bibliothèque.

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